- Exploité dès 1951 par le complexe de Maïak, le lac Karatchaï a accumulé plus de 4,44 exabecquerels de radioactivité.
- Un épisode d’assèchement en 1968 a entraîné la dispersion de poussières toxiques affectant environ 500 000 personnes.
- Qualifié de site le plus pollué de la planète, le plan d’eau a été intégralement scellé sous le béton et la roche fin 2015.
- L’agence d’État Rosatom poursuit le suivi radiologique de cette zone transformée en stockage permanent.
Le réceptacle des déchets militaires de la guerre froide
Au cœur de l’Oural méridional, les abords de la ville autrefois secrète d’Oziorsk, initialement nommée Tcheliabinsk-40, portent les stigmates de la course aux armements de l’après-guerre. Dès 1951, les autorités soviétiques ont fait de cette petite étendue d’eau de l’Oural le dépotoir à ciel ouvert des effluents les plus radioactifs du complexe de Maïak. Destiné à l’origine à une utilisation purement transitoire, le lac Karatchaï devait recevoir les matières les plus dangereuses que les cuves souterraines ne pouvaient temporairement accueillir. La catastrophe de Kychtym en 1957, causée par l’explosion de l’un de ces réservoirs souterrains, a toutefois contraint l’URSS à pérenniser les rejets liquides dans le plan d’eau afin d’éviter d’autres accumulations critiques.
La crise environnementale de 1968 et des niveaux records de radiation
Au fil des décennies, la superficie du lac s’est considérablement réduite, passant de 0,5 kilomètre carré au début des années 1950 à seulement 0,15 kilomètre carré au début des années 1990. L’épisode de sécheresse de 1968 a révélé au grand jour la dangerosité du site lorsqu’une tempête a disséminé des sédiments contaminés sur un demi-million d’habitants. L’exposition à l’air libre de la vase chargée en radionucléides a provoqué une dispersion massive sur des centaines de kilomètres carrés. À la fin des années 1980, le débit de dose mesuré près des zones de rejet atteignait 600 röntgens par heure, un niveau suffisant pour provoquer la mort d’un individu en l’espace de soixante minutes. Cumulant une activité globale mesurée à 4,44 exabecquerels, principalement sous forme de césium 137 et de strontium 90, le lac a été répertorié par les observateurs internationaux comme le lieu le plus pollué du globe, surpassant la charge radioactive rejetée lors de l’accident de Tchernobyl.
Cinquante ans de travaux pour sceller le plan d’eau
Face à la menace permanente de dissémination par les intempéries, un chantier d’envergure a débuté à la fin des années 1960. Entre 1978 et 1986, près de 10 000 blocs de béton creux ont été immergés pour stabiliser le fond vaseux, tandis que les berges étaient renforcées par des enrochements. Ralentie par l’effondrement de l’Union soviétique, l’opération a repris sous l’égide du programme fédéral russe consacré à la sûreté nucléaire et radiologique pour la période 2008-2015. Achevé fin 2015 après près d’un demi-siècle d’interventions successives, le comblement du lac a transformé l’ancien plan d’eau en une structure de stockage étanche et surveillée. Le recouvrement final par plusieurs couches de roches et de terre n’a pas mis un terme aux précautions : l’exploitant Rosatom maintient sur place un dispositif constant d’observation et de contrôle environnemental.