- Le président du Rassemblement national, Jordan Bardella, a signé un protocole d’accord symbolique sur l’immigration avec le chef de file nationaliste britannique Nigel Farage.
- Le texte prévoit notamment le refoulement par le Royaume-Uni des embarcations de migrants vers les côtes françaises, dans l’hypothèse d’une accession au pouvoir des deux signataires.
- Cette initiative a provoqué une opposition unanime de l’ensemble de la classe politique française, de la gauche radicale jusqu’à la droite souverainiste.
Un accord symbolique sur la gestion de la Manche

Le président du Rassemblement national (RN), Jordan Bardella, a officialisé sa convergence de vues avec la figure de la droite nationaliste britannique, Nigel Farage, à travers la signature d’un protocole d’accord inédit. Ce document hautement politique prévoit que les autorités britanniques puissent refouler directement vers les côtes françaises les embarcations de migrants interceptées dans la Manche. Cette projection repose sur l’hypothèse de travail, formulée par les deux dirigeants, où chacun accèderait à la tête du gouvernement de son pays respectif lors des prochains scrutins nationaux. Bien que dépourvu de portée juridique immédiate, ce texte a immédiatement replacé la sensible question transmanche au cœur du débat public, bousculant les lignes diplomatiques traditionnelles entre Paris et Londres.
Le bloc de gauche et le centre dénoncent une « capitulation »
À peine rendu public, le protocole a provoqué une levée de boucliers immédiate au sein des oppositions de gauche et de la majorité présidentielle sortante. Jean-Luc Mélenchon, leader de La France insoumise (LFI), a vivement réagi lors d’un rassemblement public, s’interrogeant sur la souveraineté nationale : « Notre pays deviendrait le garde-barrière des Anglais ? » avant de qualifier de « fasciste sans réputation » le président du RN. Du côté des centristes et des socio-démocrates, les critiques convergent pour dénoncer ce qui est perçu comme une abdication de la souveraineté française face aux intérêts britanniques. L’ancien Premier ministre Gabriel Attal a ainsi fustigé une « grande soumission », tandis que l’eurodéputé Raphaël Glucksmann y a vu une véritable « capitulation » face aux exigences des conservateurs britanniques, remettant en cause la capacité du RN à défendre les intérêts de l’État.
La droite républicaine pointe un « amateurisme » diplomatique
Le malaise suscité par cette signature dépasse largement les clivages habituels et touche également la droite républicaine et le centre-droit. L’ancien Premier ministre Édouard Philippe a exprimé sa surprise face à cette alliance inattendue, déclarant sobrement : « Celle-là, on ne l’avait pas vue venir. » Pour la droite gouvernementale, cette initiative illustre les limites de la doctrine internationale du parti à la flamme. Le ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, a saisi l’occasion pour dénoncer ce qu’il qualifie de « signe parfait de l’amateurisme du RN » en matière de gestion des flux migratoires et de relations bilatérales. Les critiques soulignent qu’accepter le retour systématique des embarcations sur le sol national fragiliserait la position française, déjà complexe sous le régime des accords existants.
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Une divergence au sein de la droite nationale
Fait notable, les réserves ne sont pas venues que de la gauche : elles traduisent aussi une divergence de stratégie au sein de la droite nationale. Éric Zemmour, président de Reconquête !, a pris ses distances de manière explicite avec l’initiative de son rival politique sur les réseaux sociaux. Pour le camp d’Éric Zemmour, la recherche d’alliances internationales ne doit en aucun cas se faire au détriment de l’intérêt supérieur et de la souveraineté de la France. « Avoir des alliés ne doit JAMAIS se faire à n’importe quel prix pour la France », a martelé le dirigeant de Reconquête sur la plateforme X. Cette réaction met en lumière le dilemme des partis nationalistes, partagés entre la volonté d’afficher une cohésion européenne et l’impératif de défendre la primauté de l’État-nation.
Le contexte délicat des accords transmanche
Ce projet d’accord intervient dans un cadre bilatéral déjà extrêmement complexe concernant la surveillance de la frontière maritime. Depuis les accords du Touquet signés en 2003, les contrôles frontaliers britanniques sont effectués sur le littoral français, obligeant Paris à supporter une part importante de la gestion humaine et policière de la crise migratoire à Calais et dans ses environs. Toute modification unilatérale ou projet de refoulement des embarcations vers les plages françaises contredit la logique de coopération maintenue depuis plus de vingt ans par les gouvernements successifs. En s’engageant aux côtés de Nigel Farage sur un scénario de refoulement direct, Jordan Bardella s’expose à l’accusation d’avoir accepté de surcharger les infrastructures et la police françaises, offrant ainsi au Royaume-Uni une concession majeure sans contrepartie évidente pour l’Hexagone.