- Selon les rapports du DOT&E et du GAO, près de 400 F-35 livrés à travers le monde sont actuellement incapables de mener des missions de combat.
- Le nouveau système informatique embarqué TR-3 est défaillant, obligeant le constructeur à livrer des appareils bridés, privés de guerre électronique.
- Faute de livraison du nouveau radar APG-85, plusieurs appareils américains volent aujourd’hui lestés avec du simple ballast dans le nez.
- Malgré ces tares structurelles, treize nations européennes se sont engagées dans ce programme, sacrifiant leur souveraineté industrielle au profit de l’OTAN.
La fin des illusions pour le fleuron de l’industrie américaine

Le programme Joint Strike Fighter, censé incarner le summum de la supériorité aérienne occidentale, traverse une crise de confiance historique. Présenté comme le fleuron technologique de Lockheed Martin, le chasseur de cinquième génération F-35 fait face à des révélations dévastatrices sur sa viabilité opérationnelle. Les récents rapports du bureau des essais opérationnels et de l’évaluation du Département de la Défense des États-Unis (DOT&E) ainsi que ceux du Government Accountability Office (GAO), la cour des comptes américaine, mettent en lumière des défaillances techniques si profondes qu’elles neutralisent les capacités offensives de l’appareil. Cette dépendance aveugle envers l’industrie de défense américaine place aujourd’hui plusieurs nations alliées dans une situation de vulnérabilité stratégique majeure. Selon l’expert en aéronautique militaire Bruno Etchenic, ce ne sont pas moins de 400 appareils livrés depuis l’été 2023 qui se révèlent aujourd’hui totalement inaptes à l’engagement armé.
Un cerveau électronique défaillant et bridé pour l’export
Au cœur du problème se trouve la transition avortée vers le nouveau calculateur de bord, baptisé Technology Refresh TR-3. Destiné à remplacer la version TR-2 devenue obsolète, ce processeur de nouvelle génération a provoqué un plantage généralisé des logiciels de combat lors de son installation. Face à cette paralysie, le Pentagone a dû suspendre les livraisons de F-35 durant un an, entre juillet 2023 et juillet 2024. Toutefois, les chaînes de montage ayant continué de tourner au rythme de 130 à 140 appareils par an, un problème critique de stockage s’est posé. Pour désengorger ses hangars, Lockheed Martin a obtenu l’autorisation de livrer des avions équipés d’une version logicielle « tronquée ». Sur les 1 355 F-35 livrés à travers le monde, aucun appareil équipé du système TR-3 n’est pleinement opérationnel à ce jour. Ces avions volent, mais sans fusion de capteurs ni capacités de guerre électronique. Cette situation touche 245 appareils destinés aux États-Unis, 70 aux partenaires historiques du programme (dont le Royaume-Uni, l’Italie et les Pays-Bas) et 80 livrés à des clients tiers, à l’image de la Belgique, qui a réceptionné ses quatre premiers F-35A fin 2025 sur une commande globale de 34 unités passée en 2018.
Des avions de chasse livrés sans radar et équilibrés par du lest
La dérive industrielle du programme américain prend des proportions confinant à l’absurde. Depuis 2025, plusieurs chasseurs sortent des usines américaines sans leur composant le plus élémentaire : leur radar. Le nouveau modèle APG-85, conçu pour succéder à l’APG-81, subit d’importants retards de production. L’architecture de l’avion ayant été modifiée pour accueillir ce nouveau capteur, il s’est avéré impossible d’y réintégrer l’ancien modèle. Pour permettre à ces avions de voler et de conserver leur centre de gravité, les ingénieurs ont été contraints de placer du ballast dans le nez des appareils. Cette solution de fortune, consistant à insérer du simple lest pour maintenir l’équilibre en vol d’un avion à 100 millions de dollars, illustre l’impasse technique dans laquelle s’est enfermé le constructeur. Au moins une centaine d’appareils pourraient être concernés par cette anomalie, le nouveau radar n’étant pas attendu au mieux avant avril 2028.
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Surchauffe chronique et vulnérabilité face aux défenses sol-air
Aux déboires informatiques et de détection s’ajoutent des problèmes thermiques critiques. Le système de refroidissement actuel du F-35 se révèle insuffisant pour dissiper la chaleur générée par l’électronique de bord. La résolution de ce problème est suspendue à la mise à jour du cœur du moteur (ECU), un chantier titanesque qui ne verra pas le jour avant 2032 au plus tôt. Par ailleurs, la réputation d’invulnérabilité de l’appareil a été sérieusement écornée sur le terrain. Si le F-35 a effectué des milliers de sorties au Moyen-Orient dans le cadre du conflit avec l’Iran, un événement récent a brisé le mythe de sa furtivité absolue. Un F-35 américain a été détecté, pisté et touché par un missile de la défense antiaérienne iranienne, contraignant le pilote à un atterrissage d’urgence avant que l’avion ne soit définitivement rayé des contrôles. Cet incident démontre que face à des systèmes de défense saturants et modernes, la technologie américaine n’offre plus la garantie d’impunité promise.
Le piège de la souveraineté déléguée à l’OTAN
Malgré ces alertes répétées et documentées par les institutions américaines elles-mêmes, treize nations européennes continuent de lier leur destin militaire au F-35, avec 550 appareils commandés dont près de 200 ont déjà été livrés. Ce choix s’explique par une doctrine de défense quasi exclusivement tournée vers l’OTAN, où l’interopérabilité avec l’armée américaine prime sur l’indépendance nationale. Pour les nations européennes, la quête d’une standardisation sous tutelle américaine s’est transformée en un piège industriel, les contraignant à payer le prix fort pour des appareils incapables de défendre leur espace aérien en cas de conflit de haute intensité. Alors que le programme, lancé en 1994, n’est toujours pas finalisé après trente ans de développement, l’obstination des chancelleries européennes à acquérir un avion inapte au combat pose une question cruciale de souveraineté nationale et de sécurité collective face aux menaces de demain.