- Présenté en compétition officielle à la Mostra de Venise, le film NAZA donne la parole à 24 anciens militaires et agents du renseignement israéliens.
- Les coréalisateurs Yuval Abraham et Rachel Szor ont tourné pendant trois ans sur les toits de Tel-Aviv pour recueillir ces dépositions anonymes.
- Le documentaire décrit l’utilisation d’outils d’intelligence artificielle et des opérations menées par des unités rattachées au bureau de Benyamin Nétanyahou.
Une immersion sans précédent dans le système sécuritaire israélien
Lors de sa présentation en compétition officielle à la Mostra de Venise, le long-métrage documentaire NAZA a suscité une attention considérable au sein du Palais du cinéma. Ce film d’un heure et vingt minutes donne la parole à vingt-quatre anciens militaires et membres des services de renseignement israéliens qui ont accepté de sortir du silence sous couvert d’un anonymat strict. Pour garantir leur sécurité et éviter toute identification administrative ou judiciaire, leurs visages ont été soigneusement dissimulés et leurs voix altérées par des procédés techniques. Le projet a été mené sur une durée de trois années par le duo de journalistes et cinéastes israéliens Yuval Abraham et Rachel Szor, qui ont fait le choix de tourner exclusivement de nuit sur les toits de la ville de Tel-Aviv.
Au cœur du récit figure une volonté d’analyser méthodiquement la mécanique décisionnelle et opérationnelle des forces armées dans la bande de Gaza. L’œuvre cherche à dépasser la simple chronique du terrain pour entrer dans le détail des rouages administratifs, technologiques et tactiques qui encadrent les actions d’éclat comme les missions de surveillance quotidienne. Dans le débat contemporain sur la conduite des conflits armés et le respect des doctrines de défense, cette moisson de témoignages apporte un éclairage de première main sur la réalité des pratiques militaires contemporaines d’un État confronté à une guerre de haute intensité.
L’intelligence artificielle et le piratage au service des frappes ciblées
Parmi les révélations les plus marquantes formulées par ces anciens opérateurs de la défense figure l’usage intensif et théorisé des nouvelles technologies sur le théâtre d’opérations. Les témoins issus des services secrets déclarent que l’armée israélienne a eu recours à des systèmes fondés sur l’intelligence artificielle pour identifier et sérier un grand nombre de cibles potentiellement hostiles. Ces dispositifs algorithmiques d’analyse de données permettaient d’établir des priorités de frappe avec une rapidité inédite. Le documentaire détaille également les techniques d’interception numérique et de piratage de téléphones portables destinées à géolocaliser les personnes recherchées ainsi qu’à capter l’ensemble de leurs communications privées.
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Les récits livrés à la caméra décrivent des cas précis où les résidences d’éléments affiliés au Hamas ont été visées par des bombardements alors même que les personnels en charge de la validation des tirs savaient que des proches et des familles se trouvaient à l’intérieur de ces bâtiments. L’enquête filmique aborde également les destructions matérielles massives constatées sur le terrain, telles que l’incendie systématique d’habitations civiles, l’éradication de quartiers entiers et les tirs mortels survenus à proximité de points de distribution de la nourriture. Pour les analystes des affaires militaires, ces révélations illustrent la complexité tragique et la dureté des engagements en milieu urbain dense, où la frontière entre objectifs tactiques et zones civiles se trouve constamment brouillée.
Une responsabilité institutionnelle remontant au plus haut niveau de l’État
L’objectif des auteurs de ce travail d’investigation est de démontrer que les faits décrits ne relèvent pas de comportements individuels isolés ou d’égarements ponctuels commis par des combattants indisciplinés. Plusieurs des intervenants affirment avoir servi au sein d’une unité secrète du renseignement directement rattachée au bureau du Premier ministre Benyamin Nétanyahou. L’un de ces anciens agents va jusqu’à déclarer face à l’objectif que la mission fondamentale confiée à son service consistait explicitement à « empêcher la paix ». Il s’agit selon le film de l’application stricte d’ordres hiérarchiques et d’une doctrine de sécurité nationale progressivement intégrée au sein du commandement.
Lors de la présentation de l’œuvre au Lido, le coréalisateur Yuval Abraham a expliqué sa démarche d’investigation. L’équipe a fait le choix d’adopter une posture neutre d’enquêteur en demandant simplement aux officiers d’expliciter le fonctionnement technique des dispositifs qu’ils manipulaient au quotidien. En incitant ces techniciens de la guerre à dessiner des schémas explicatifs et à détailler l’enchaînement des décisions administratives, les réalisateurs ont obtenu des descriptions précises sur la chaîne de commandement. Cette approche met en lumière les questions de souveraineté et de contrôle politique sur les organes de renseignement d’une nation engagée dans un bras de fer sécuritaire permanent.
Des attitudes humaines très contrastées face aux exigences du service
Sur le plan individuel et éthique, le film dévoile une grande diversité de comportements et de ressentis chez ces vingt-quatre anciens serviteurs de l’appareil de défense. Face aux caméras, les réactions des intervenants oscillent entre l’expression de remords sincères, une indifférence assumée et des sentiments de fierté professionnelle. Cette pluralité d’attitudes témoigne de la complexité psychologique qui traverse les armées modernes lorsqu’elles sont soumises à des contextes opérationnels extrêmes et prolongés. Pour certains soldats, l’exécution des ordres répondait à une nécessité stricte de défense nationale, tandis que pour d’autres, la prise de recul a suscité de profonds questionnements sur le sens de leur engagement.
L’accueil réservé au documentaire lors de sa projection officielle témoigne de l’impact politique et culturel d’un tel témoignage. Dans la grande salle du Palais du cinéma de Venise, la fin de la séance a été saluée par une ovation prolongée de près de vingt-cinq minutes de la part du public et des critiques présents. Ce succès d’estime positionne l’œuvre comme l’un des prétendants sérieux pour les distinctions du festival, notamment le Lion d’or. Au-delà de l’enjeu artistique, la diffusion de ces interrogations internes au sein de la société israélienne constitue un événement marquant pour tous les observateurs des relations internationales et des réalités militaires de la région.