- Le ministre Jean-Noël Barrot appelle à rompre avec la culture de l’affrontement pour préparer des alliances de gouvernement anticipées.
- Il prône une lecture rigoureuse de la Constitution, séparant nettement le rôle d’arbitre du Président et la conduite de la politique par Matignon.
- Cette proposition intervient après une période d’instabilité marquée par la chute du gouvernement Bayrou et la fragilité de l’exécutif Lecornu.
L’appel au compromis face à l’impasse parlementaire

Dans un paysage politique français profondément transformé, le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a pris position pour une évolution radicale de nos pratiques institutionnelles. Constatant l’absence de majorité absolue à l’Assemblée nationale, le vice-président du MoDem a estimé que le futur chef de l’État, qu’il soit élu en 2027 ou avant, ne disposera probablement pas d’un socle parlementaire spontané suffisant pour gouverner. Face à ce qu’il perçoit comme une fatalité arithmétique, il suggère aux formations politiques de ne plus attendre le lendemain du scrutin pour négocier, mais de structurer des coalitions programmatiques en amont. Jean-Noël Barrot défend ainsi l’idée que la capacité de la France à être gouvernée doit primer sur les querelles de chapelles et les logiques de blocs antagonistes. Pour le ministre, une coalition n’est en rien un renoncement aux identités partisanes, mais une recherche de compromis nécessaires au fonctionnement de l’État, à l’image des modèles démocratiques en vigueur chez nos voisins européens.
Une relecture souverainiste de la Constitution de 1958
Au cœur de la réflexion du chef de la diplomatie française se trouve un retour à l’esprit originel de la Constitution de la Ve République. En rappelant les articles 5 et 20 de notre texte fondamental, il dessine une répartition des rôles qui tranche avec la pratique hyper-présidentialiste observée ces dernières décennies. Selon cette vision, le Président de la République doit redevenir le « garant des institutions » et assurer « le rassemblement des Français », se concentrant sur son domaine réservé tout en veillant à la continuité de l’État. Parallèlement, c’est au Gouvernement, et à lui seul, qu’incombe la mission de déterminer et de conduire la politique de la Nation, sous le contrôle du Parlement. Cette clarification institutionnelle placerait Matignon au centre du jeu politique, faisant du Premier ministre le véritable chef d’une majorité de coalition responsable devant les députés. Cette approche pourrait séduire les partisans d’un rééquilibrage des pouvoirs, alors que la verticalité de l’exécutif est régulièrement mise en cause par les oppositions nationales et souverainistes.
Le traumatisme des législatives de 2024 et l’instabilité chronique
Cette volonté de changer de paradigme s’enracine dans le chaos politique né de la dissolution de l’été 2024. Pour rappel, les urnes avaient alors accouché d’une Assemblée nationale tripartisée et sans issue évidente : l’Union de la gauche disposait de 178 sièges, le camp présidentiel Ensemble de 150 sièges, et le Rassemblement National, allié à ses partenaires de la droite nationale, comptait 142 députés (125 pour le RN et 17 pour l’Union de l’extrême droite, selon la nomenclature officielle alors en vigueur). Depuis ce scrutin, la France traverse une zone de fortes turbulences parlementaires. Après le passage de Michel Barnier à Matignon, nommé le 5 septembre 2024 pour tenter de stabiliser le pays, l’instabilité n’a fait que croître. L’échec cuisant de François Bayrou, dont le gouvernement a été renversé le 8 septembre 2025 par 364 voix contre 194, illustre l’impossibilité de diriger sans un pacte de coalition solide et préalable.
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L’incertitude des alliances et l’avenir de la droite nationale
Si Jean-Noël Barrot appelle à la cohésion, la question de l’étendue de ces coalitions reste entière. Interrogé sur la possibilité d’une discussion avec Les Républicains ou sur l’hypothèse d’une « union des droites » incluant le Rassemblement National, le ministre a préféré botter en touche, renvoyant ces formations à leurs propres responsabilités. Pourtant, la réalité parlementaire est tenace : le gouvernement actuel de Sébastien Lecornu, nommé une première fois le 9 septembre 2025 puis reconduit le 10 octobre après une brève démission, ne survit que grâce à l’absence de conjonction des oppositions lors des motions de censure. En octobre 2025, une motion déposée par Mathilde Panot n’a recueilli que 271 voix sur les 289 requises. L’appel de Jean-Noël Barrot souligne en creux que sans accord de gouvernement clair, la France restera à la merci d’une alliance de circonstance entre la gauche radicale et les autres oppositions. Pour la droite souverainiste et conservatrice, l’enjeu est désormais de savoir si elle doit participer à ces compromis de gestion ou proposer une alternative de rupture capable de dégager, seule, une majorité nette en 2027.