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samedi 26 septembre 2026
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Littérature et intelligence artificielle : la création française face au soupçon

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Littérature et intelligence artificielle : la création française face au soupçon
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L’essentiel
  • Le vendredi 25 septembre, le roman de Thélyson Orélien a été exclu de la sélection du prix Goncourt en raison de soupçons d’usage d’intelligence artificielle.
  • Les romanciers à succès Franck Thilliez et Bernard Minier dénoncent l’émergence d’un climat d’inquisition nuisible à la création artistique contemporaine.
  • Face à l’influence grandissante des géants de la Silicon Valley, plusieurs écrivains français préconisent un retour à l’écriture manuscrite pour préserver la souveraineté de l’esprit humain.

Le séisme Orélien et le règne du soupçon littéraire

Le monde des lettres françaises traverse une tempête sans précédent. L’exclusion soudaine, le vendredi 25 septembre, du roman phénomène de Thélyson Orélien, C’était ça ou mourir, de la prestigieuse sélection de l’Académie Goncourt, a agi comme un révélateur des angoisses contemporaines. Soupçonné d’avoir eu de larges recours à une intelligence artificielle pour façonner son œuvre, l’auteur dément vigoureusement. Pourtant, le doute s’est installé, révélant une fragilité structurelle au sein de notre paysage éditorial. Face à cette situation, des figures majeures de la littérature populaire française prennent la parole pour défendre l’intégrité de leur art. Bernard Minier, s’appuyant sur une formule de l’académicien Jean-Christophe Rufin, rappelle l’importance fondamentale de la présomption d’innocence en affirmant que l’auteur doit être considéré comme innocent jusqu’à preuve du contraire. De son côté, Franck Thilliez s’inquiète des dérives de cette crise, décrivant une époque marquée par un climat de suspicion généralisé et permanent qui menace directement la sérénité indispensable à la création artistique. L’exclusion d’un ouvrage de la sélection du Goncourt illustre la crise de confiance inédite qui frappe le monde du livre face à l’automatisation de la pensée.

Entre assistance technique et résistance humaniste

Pour les professionnels de l’écriture, l’intelligence artificielle n’est plus une simple perspective d’avenir, mais un outil déjà présent dans le quotidien de la création. Bernard Minier et Franck Thilliez admettent volontiers utiliser ces technologies pour des tâches préliminaires de défrichage documentaire, y voyant un gain de temps appréciable dans la phase de recherche historique ou scientifique. Cependant, la frontière entre l’assistance et la substitution demeure poreuse. Bernard Minier a lui-même testé les limites des outils de détection d’IA, constatant qu’ils l’avaient faussement accusé de plagiat technologique, tout en révélant avoir inséré des phrases générées artificiellement dans un manuscrit sans que les correcteurs humains ne s’en aperçoivent. Face à cette dissolution de l’authenticité, une forme de résistance intellectuelle s’organise au cœur de notre culture nationale. À l’image de Virginie Despentes qui choisit de revenir au cahier manuscrit pour contourner l’intégration systématique de l’IA dans les logiciels de traitement de texte comme Word, ou de Maxime Chattam qui évoque un retour salutaire au manuscrit physique, les écrivains cherchent à sanctuariser leur travail. La tentation technologique pousse désormais certains auteurs à repenser intégralement leur rapport à l’écriture physique pour préserver la pureté de la création humaine.

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Quand l’anticipation romanesque devance la réalité

Les romanciers attachés à la sauvegarde du génie humain face aux dérives du progrès technologique s’accordent sur la nécessité de sonner l’alarme. Cette sensibilité trouve un écho particulier dans le genre du thriller, habitué à explorer les failles de notre modernité. Thilliez et Minier soulignent le caractère étrangement prémonitoire de la littérature d’anticipation. Dès 2014, dans son roman Pandemia, Franck Thilliez décrivait avec une précision troublante les mécanismes d’une crise sanitaire mondiale, des années avant l’apparition du Covid-19. De même, en 2018, dans M, le bord de l’abîme, Bernard Minier imaginait les interactions complexes entre son héroïne Moïra et une intelligence artificielle conversationnelle, préfigurant le fonctionnement actuel de logiciels comme ChatGPT. Aujourd’hui, cette réalité technologique s’impose dans leurs intrigues contemporaines. Minier aborde frontalement cette thématique dans son ouvrage Ruptures, paru en mars 2026 chez XO Éditions, tandis que Thilliez consacre son prochain livre à ce sujet incontournable. Les maîtres du thriller français constatent avec inquiétude que leurs scénarios d’anticipation les plus sombres se matérialisent aujourd’hui sous nos yeux.

La souveraineté culturelle face à l’hégémonie de la Silicon Valley

Au-delà de l’aspect purement technique, c’est une question de souveraineté de l’esprit qui se pose avec acuité. L’essor de l’intelligence artificielle ne relève pas seulement du domaine artistique, il s’inscrit dans une logique de domination globale orchestrée par les géants du numérique américain. Dans son œuvre Ruptures, Bernard Minier met en garde contre le pouvoir colossal accumulé par les multinationales de la Silicon Valley, capables de formater nos modes de communication, nos structures de travail, nos relations et notre rapport à l’information. Cette colonisation technologique de l’esprit humain, déjà mise en scène par la culture populaire depuis Isaac Asimov jusqu’à Terminator 2 ou Mission Impossible, prend désormais la forme de faux artistes inondant les plateformes musicales comme Spotify. Pour notre patrimoine culturel national, le danger est immense : celui d’une uniformisation de la pensée guidée par des algorithmes étrangers. Face à ce péril, la littérature française doit demeurer le bastion d’une sensibilité propre, irréductible aux calculs d’une machine. L’emprise croissante des géants de la Silicon Valley sur l’expression intellectuelle exige une défense rigoureuse de l’exception culturelle française et de la souveraineté de nos créateurs.

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Écrit par
Léa Fontaine

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