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mardi 20 octobre 2026
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Martinique : le premier paquebot de la saison annulé sur fond de tensions sociales

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Martinique : le premier paquebot de la saison annulé sur fond de tensions sociales
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L’essentiel
  • La compagnie de croisière a annulé l’escale inaugurale du Coral Princess prévue le 20 octobre 2026 à Fort-de-France.
  • Ce navire de 300 mètres transportant 2 200 passagers renonce à son escale en raison des appels aux blocages du RPPRAC.
  • La saison 2026-2027 prévoyait pourtant une croissance record de 23 % avec près de 300 escales programmées.
  • Alexandre Ventadour, président du CMT, espère encore accueillir plus de 500 000 croisiéristes malgré ce climat d’instabilité.

Un faux départ pour le fleuron du tourisme antillais

Martinique : le premier paquebot de la saison annulé sur fond de tensions sociales

Le calendrier était pourtant soigneusement orchestré. Ce mardi 20 octobre 2026, la Martinique devait célébrer le lancement de sa haute saison touristique avec l’arrivée du Coral Princess. Ce géant des mers, long de 300 mètres, devait débarquer quelque 2 200 passagers sur les quais de la Pointe-Simon, à Fort-de-France, dès l’aube. Mais l’enthousiasme a laissé place à une amère déception pour les commerçants et les acteurs locaux : la compagnie a officiellement annulé l’escale à la dernière minute. Ce désistement de premier plan illustre la fragilité d’une économie insulaire suspendue aux aléas des mouvements sociaux locaux. Cette décision, prise la veille au soir par l’armateur, prive l’économie martiniquaise d’une manne financière immédiate et entache l’image de la destination au moment précis où elle comptait affirmer son dynamisme face à la concurrence caribéenne.

Le spectre des blocages et l’impératif de l’ordre public

L’origine de cette annulation est à chercher dans le climat de tension qui règne sur l’île. Les appels à la manifestation et aux blocages lancés par le RPPRAC (Rassemblement pour la Protection des Peuples et des Ressources Afro-Caribéens) ont créé une incertitude incompatible avec les exigences de sécurité et de fluidité du secteur de la croisière. Pour les compagnies internationales, la stabilité est le premier critère de sélection d’une escale. Alexandre Ventadour, président du Comité martiniquais du tourisme (CMT), tentait de rassurer les partenaires en rappelant que les infrastructures touristiques font l’objet d’une protection particulière. Toutefois, la répétition des crises sociales, après celles de 2021 durant la période de crise sanitaire et les événements de 2024, pèse lourdement sur la crédibilité de l’offre touristique française aux Antilles. Dans une vision souverainiste du développement économique, le maintien de l’ordre et le respect du droit de travailler apparaissent comme les piliers indispensables pour garantir la pérennité des investissements et le rayonnement de nos territoires d’Outre-mer.

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Des ambitions de croissance face au principe de réalité

Malgré ce revers inaugural, les projections pour la saison 2026-2027 demeurent, sur le papier, exceptionnelles. Le CMT table sur une augmentation de 23 % de l’activité par rapport à la saison précédente. En 2025-2026, l’île avait accueilli 244 escales pour un total de 490 000 passagers. Pour cette nouvelle année, la barre des 500 000 croisiéristes est officiellement visée, avec un total de 300 navires attendus. L’un des leviers majeurs de cette stratégie réside dans le développement des navires dits « tête de ligne », qui représentent désormais les trois quarts du trafic total. Ces paquebots, qui effectuent leurs rotations au départ de Fort-de-France, sont particulièrement précieux pour l’économie locale : ils génèrent des nuitées d’hôtel supplémentaires avant ou après la croisière et favorisent l’utilisation des infrastructures aéroportuaires et des services de transport locaux. C’est tout un écosystème, de l’hôtellerie à la restauration en passant par l’artisanat, qui se trouve aujourd’hui pris en otage par l’instabilité sociale.

Une saison de géants et de prestige en péril ?

La suite de la programmation reste, pour l’heure, inchangée. Le prochain rendez-vous est fixé au vendredi 23 octobre, une date test pour mesurer si la Martinique peut retrouver sa sérénité. L’enjeu est colossal car le calendrier prévoit des événements d’envergure internationale. Le 5 décembre prochain, le MSC World Europa, un navire de 333 mètres pouvant accueillir plus de 6 700 passagers, doit effectuer son escale inaugurale dans le chef-lieu. Quelques semaines plus tôt, le 27 octobre, c’est le segment du luxe qui sera à l’honneur avec la venue à Saint-Pierre du Corinthian, opéré sous la prestigieuse marque Orient Express. Le luxe et l’excellence française, symbolisés par ce navire alliant propulsion thermique et voile, exigent un cadre d’accueil irréprochable que les tensions actuelles menacent directement. La Martinique doit choisir entre la poursuite d’une politique de développement ambitieuse, portée par des joyaux technologiques et touristiques, et l’enlisement dans des contestations récurrentes qui finissent par détourner les grands armateurs vers d’autres ports de la Caraïbe.

Le tourisme, vecteur de rayonnement et de stabilité territoriale

Au-delà des chiffres, cette situation interroge sur la stratégie de long terme pour nos territoires d’Outre-mer. Le tourisme ne doit pas être perçu comme une activité vulnérable mais comme un levier de souveraineté économique. La diversification des publics et l’étalement de la saison sur l’ensemble de l’année, une nouveauté de cette programmation 2026-2027, sont des avancées notables. Mais l’attractivité d’un territoire ne se décrète pas à coups de campagnes de communication ; elle se construit sur la fiabilité de ses infrastructures et la paix sociale. Pour Alexandre Ventadour et les autorités locales, le défi est maintenant de prouver que la Martinique reste une terre d’accueil capable de protéger ses visiteurs et ses entreprises. Si les escales prévues au printemps et durant l’été 2027 sont maintenues, la saison pourra encore être sauvée. Dans le cas contraire, le manque à gagner se chiffrera en dizaines de millions d’euros, affaiblissant un peu plus un tissu social déjà éprouvé par les crises successives.

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