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- Le groupe fondé par Philippe Ginestet a annoncé son intention de se placer sous la protection du tribunal de commerce pour préserver ses 6 000 salariés.
- Le nouveau président du directoire, Patrick Puy, invoque une dégradation brutale du marché ainsi que des difficultés de trésorerie persistantes.
- L’enseigne de Villeneuve-sur-Lot subit la concurrence agressive des plateformes numériques comme Temu et des discounters étrangers.
Une mesure de protection pour un fleuron du commerce de proximité

C’est un séisme pour le paysage commercial français et particulièrement pour le Lot-et-Garonne. Mardi 20 octobre, la direction du groupe Gifi a informé ses 6 000 collaborateurs de sa décision de solliciter l’ouverture d’une procédure de redressement judiciaire auprès du tribunal compétent. Cette annonce, qui intervient après un été particulièrement difficile sur le plan commercial, vise officiellement à geler les dettes de l’entreprise pour lui permettre de poursuivre son activité tout en cherchant un second souffle. La direction affirme que cette procédure n’entraînera aucune conséquence immédiate sur l’emploi ou sur l’ouverture des 500 magasins que compte le réseau. Pour les observateurs de la vie économique, cette étape juridique est souvent le dernier rempart avant une restructuration lourde, même si le président du directoire, Patrick Puy, se veut rassurant en soulignant qu’aucun nouveau plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) n’est engagé à ce stade.
Patrick Puy : un spécialiste des crises au chevet de Gifi
Le choix de Patrick Puy pour piloter cette phase critique n’est pas anodin. Nommé récemment à la tête du directoire, cet homme de l’ombre est connu pour être le « pompier » des entreprises françaises en détresse. Son curriculum vitae témoigne d’une expertise reconnue dans la gestion des actifs en difficulté, ayant officié par le passé chez Moulinex-Brandt, Vivarte ou encore Go Sport. Il est le quatrième dirigeant à prendre les commandes de l’enseigne en seulement deux ans, signe d’une instabilité managériale qui a sans doute pesé sur la stratégie de long terme du groupe. La mission de Patrick Puy consiste désormais à stabiliser une trésorerie exsangue et à rassurer des partenaires financiers de plus en plus frileux. Sa méthode, souvent jugée rigoureuse, devra s’appliquer à une structure qui, bien qu’enracinée dans nos territoires, semble avoir perdu le fil de sa croissance organique au profit d’une gestion de crise permanente.
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Les racines d’un déclin : entre bug informatique et mutation du marché
Comment une réussite française née en 1981 à Villeneuve-sur-Lot a-t-elle pu vaciller de la sorte ? Les difficultés actuelles trouvent leur origine dans un événement technique survenu en 2023 : le changement de système informatique de l’entreprise a tourné au fiasco, désorganisant totalement la chaîne logistique et les approvisionnements. Ce grain de sable a grippé une machine déjà fragilisée par l’évolution des modes de consommation. Gifi doit aujourd’hui composer avec une concurrence hybride et redoutable. D’un côté, les discounters physiques comme Action ou Maxibazar gagnent des parts de marché massives, de l’autre, les plateformes numériques extra-européennes comme Temu bousculent les codes du prix bas. Ce choc frontal avec des géants mondialisés, dont les modèles échappent souvent aux contraintes réglementaires et fiscales imposées à nos entreprises nationales, place l’enseigne française dans une position de vulnérabilité structurelle.
La souveraineté commerciale française face aux défis de demain
Le sort de Gifi soulève une question cruciale pour notre souveraineté économique : celle de la survie de nos enseignes historiques face au déferlement du numérique sans frontières. En 2025, l’enseigne avait déjà frôlé une réduction de 5 % de ses effectifs avant de suspendre son plan social. Pour tenter de limiter les dégâts, un rapprochement stratégique a été opéré avec le distributeur alimentaire Grand Frais, prévoyant la cession d’une trentaine de points de vente. Cette stratégie de repli tactique illustre la difficulté pour un acteur français de maintenir un maillage territorial dense face à la volatilité du pouvoir d’achat des ménages. Pour les 6 000 familles dont l’avenir dépend de cette procédure de redressement, l’enjeu est désormais de savoir si le modèle du « bazar à la française », cher à Philippe Ginestet, peut encore rivaliser avec des algorithmes et des chaînes logistiques mondialisées. Le tribunal de commerce devra prochainement valider cette demande de placement, ouvrant une période d’observation qui sera déterminante pour l’avenir de ce champion de la proximité.