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mardi 8 septembre 2026
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Belgrade : rassemblement populaire aux obsèques de Ratko Mladic sur fond de tensions européennes

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Belgrade : rassemblement populaire aux obsèques de Ratko Mladic sur fond de tensions européennes
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L’essentiel
  • Des milliers de personnes se sont rassemblées ce lundi 7 septembre 2026 à Belgrade pour les obsèques de l’ancien chef militaire serbe Ratko Mladic, décédé fin août à 84 ans.
  • Organisée à l’initiative de la famille dans l’église Saint-Luka, la cérémonie s’est déroulée en présence de ministres serbes, de l’ambassadeur de Russie et du dirigeant serbe de Bosnie Milorad Dodik.
  • Le patriarche de l’Église orthodoxe serbe Porfirije a salué la mémoire du défunt, tandis que le président Aleksandar Vucic a rappelé le cadre privé de l’événement.
  • L’Union européenne a fermement dénoncé ces hommages, entraînant l’annulation de la visite officielle de la commissaire à l’Élargissement Marta Kos.

Un dernier adieu populaire au général Ratko Mladic à Belgrade

Belgrade : rassemblement populaire aux obsèques de Ratko Mladic sur fond de tensions européennes

Des milliers de personnes se sont rassemblées ce lundi 7 septembre 2026 dans les rues de la capitale serbe pour assister aux obsèques de l’ancien chef militaire des Serbes de Bosnie, Ratko Mladic, décédé à la fin du mois d’août à l’âge de 84 ans alors qu’il purgeait une peine de prison à perpétuité prononcée par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie à La Haye. Condamné pour génocide et crimes contre l’humanité, notamment en raison de son rôle dans le massacre de 8 000 hommes et adolescents musulmans à Srebrenica lors du conflit des années 1990, l’ancien officier continue de susciter un attachement profond auprès d’une partie significative de la population serbe. Dès les premières heures de la matinée, une foule nombreuse s’est pressée autour de la petite église Saint-Luka pour saluer la mémoire de celui qu’elle considère comme un protecteur historique. Pour des milliers d’habitants venus de Serbie et de Republika Srpska, l’ancien officier incarne avant tout la défense de la nation serbe face aux épreuves du conflit bosniaque. Une banderole déployée aux abords de l’édifice religieux proclamait d’ailleurs : « Bienvenue Général, merci à ta mère d’avoir mis au monde un héros, afin que la gloire de la Grande Serbie revienne ».

Une cérémonie familiale encadrée et teintée de piété orthodoxe

La cérémonie religieuse s’est déroulée dans un cadre sobre, loin des grands fastes nationaux. Alors que les funérailles d’État sont habituellement organisées au sein de la grande cathédrale Saint-Sava, c’est l’église Saint-Luka qui a accueilli le cercueil fermé de l’ancien militaire. Rendu à la terre aux côtés de sa fille Ana, étudiante en médecine qui s’était donné la mort en 1994 pendant la guerre de Bosnie, Ratko Mladic a reçu les hommages de ses proches et de nombreux anonymes venus se recueillir. Le cercueil, encadré par six soldats serbes se relayant, était surmonté de sa photo, de ses médailles militaires, d’un sabre ainsi que de sa casquette d’officier rigide à visière indissociable de son image. Le patriarche Porfirije, chef de l’Église orthodoxe serbe, a souligné lors de l’office que le nom du général resterait gravé dans les prières et la mémoire d’une grande partie du peuple serbe. À la sortie de l’édifice, la foule a déployé de larges drapeaux tricolores serbes et de la République serbe de Bosnie pour accompagner le cortège funèbre.

L’exécutif serbe entre affirmation de sa souveraineté et pragmatisme

Face à la sensibilité de cet événement et aux vives réactions qu’il suscite à l’international, le pouvoir exécutif serbe s’est efforcé de maintenir une position d’équilibre. Initialement, le ministre serbe de la Justice, Nenad Vujic, avait évoqué l’attribution d’honneurs militaires et d’État, provoquant une vague de protestations diplomatiques. Le président Aleksandar Vucic a par la suite précisé la ligne officielle en réfutant toute accusation de glorification d’État et en rappelant que la cérémonie répondait exclusivement aux demandes de la famille du défunt, emmenée par son fils Darko. Le chef de l’État Aleksandar Vucic a fait savoir que la Serbie n’avait d’autre choix que d’autoriser ces hommages familiaux et d’en assurer la sécurité sur son territoire. Si le président ne s’est pas rendu sur place, plusieurs membres du gouvernement ont assisté aux obsèques, notamment le ministre de la Justice et celui de la Défense, aux côtés de l’ambassadeur de Russie à Belgrade et de Milorad Dodik, figure politique majeure de l’entité serbe de Bosnie.

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Le choc des représentations mémorielles dans les Balkans

Ces manifestations de recueillement ont ravivé les profondes fractures nées des guerres de dislocation de la Yougoslavie. Le membre bosniaque de la présidence tripartite de Bosnie-Herzégovine a vivement dénoncé ces événements, y voyant un acte d’identification des dirigeants serbes avec l’un des pires tueurs de l’histoire européenne. À l’opposé, la ferveur observée parmi les soutiens du défunt reflète un rejet ancré des décisions de la justice internationale. Présente à Belgrade pour l’occasion, Radojka Visic, une retraitée venue spécialement de Banja Luka, a affirmé être présente pour faire ses adieux à un héros national. Pour une part importante des nationalistes serbes, la condamnation prononcée à La Haye est perçue comme un jugement politique rendu par la communauté internationale.

La fermeté de Bruxelles et le blocage de l’intégration européenne

L’écho de ces obsèques s’est immédiatement fait entendre à Bruxelles, où les instances communautaires ont fait part de leur désapprobation. Le porte-parole de l’Union européenne a déclaré que l’hommage rendu à un homme condamné pour génocide n’avait pas sa place au sein d’une nation aspirant à rejoindre le bloc communautaire. La Serbie est officiellement candidate à l’adhésion européenne depuis 2009, mais le processus de négociation piétine en raison de désaccords persistants sur l’État de droit et l’alignement diplomatique. En réaction directe à ces hommages, la commissaire européenne à l’Élargissement Marta Kos a pris la décision d’annuler sa visite officielle prévue en Serbie. Cet épisode illustre la divergence constante entre les exigences d’alignement fixées par les institutions de Bruxelles et la revendication d’indépendance mémorielle exprimée par la société serbe.

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Écrit par
Nadia Belkacem

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