- Le candidat LR Bruno Retailleau propose une réforme constitutionnelle pour permettre aux Français de surmonter les décisions du Conseil constitutionnel.
- Cette démarche s’appuie sur la voie parlementaire de l’article 89, marquant une différence de méthode avec le Rassemblement national.
- Le projet de Marine Le Pen prévoit quant à lui un recours direct à l’article 11 pour inscrire la préférence nationale et réformer le droit du sol.
- Cette initiative relance le débat crucial sur les limites de l’État de droit face à l’expression de la volonté populaire.
Le sursaut démocratique face au « gouvernement des juges »

Dans un paysage politique marqué par une demande croissante d’autorité et de souveraineté, la question de la légitimité des institutions judiciaires face à la volonté populaire revient au centre des débats. Face à ce que de nombreux observateurs de droite et souverainistes qualifient de « gouvernement des juges », le président du groupe Les Républicains (LR), Bruno Retailleau, propose une refonte audacieuse des équilibres institutionnels. Son objectif est clair : permettre aux citoyens de contourner une éventuelle censure du Conseil constitutionnel en ayant « le dernier mot ». Bruno Retailleau entend ainsi redonner la parole aux citoyens face aux décisions des sages de la rue de Montpensier.
Cette proposition repose sur un constat partagé par une large partie de l’électorat conservateur : les décisions des instances juridiques suprêmes entravent trop souvent les réformes indispensables voulues par la majorité des Français, notamment en matière d’immigration et de sécurité. En permettant au peuple de valider une loi jugée inconstitutionnelle, le projet réaffirme que la souveraineté nationale appartient au peuple, conformément à l’esprit de la Ve République d’origine. Cette démarche vise à élargir considérablement le champ du référendum, défini par l’article 11 de la Constitution, pour que les questions de société majeures ne soient plus confisquées par un cénacle de magistrats.
La méthode parlementaire contre la rupture référendaire directe
La proposition de la droite républicaine s’inscrit dans une dynamique similaire à celle portée par la droite nationale, tout en empruntant des chemins procéduraux distincts. Là où le Rassemblement national et Marine Le Pen envisagent, dès leur arrivée au pouvoir, de soumettre directement aux Français une grande réforme constitutionnelle par l’article 11 pour instaurer la préférence nationale et supprimer le droit du sol, Bruno Retailleau opte pour une démarche plus classique. Le candidat de la droite républicaine privilégie la voie de l’article 89 de la Constitution pour déverrouiller l’ordre juridique actuel.
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Cette distinction technique est cruciale. L’article 89 impose de passer d’abord par le Parlement (Assemblée nationale et Sénat) avant d’aboutir à un référendum ou à un vote du Congrès. Cette méthode, jugée plus respectueuse des formes parlementaires traditionnelles par les cadres de la droite républicaine, cherche à contourner l’accusation de brutalité démocratique souvent formulée par les opposants de gauche et du centre. Néanmoins, l’objectif final demeure identique : briser les verrous constitutionnels qui empêchent l’expression directe de la volonté populaire et redéfinir les contours de l’action publique face aux blocages institutionnels.
L’État de droit en question : dogme intangible ou outil adaptable ?
Ce débat remet en cause une notion centrale mais souvent instrumentalisée par les progressistes : l’« État de droit ». Les défenseurs du statu quo juridique, s’appuyant sur des avocats et des théoriciens du droit, soutiennent que cette notion protège les citoyens contre l’arbitraire du pouvoir, garantissant les libertés individuelles, l’égalité devant la loi ou encore la liberté d’entreprendre. Cependant, pour la sensibilité conservatrice, cette sacralisation de la norme juridique a fini par dériver vers un « dévoiement idéologique », selon les mots de Bruno Retailleau lui-même. Pour les tenants de la souveraineté nationale, les normes juridiques ne doivent pas paralyser l’action de l’État en matière de sécurité et de souveraineté.
Rappelons que Bruno Retailleau avait affirmé que l’État de droit n’était « ni intangible, ni sacré ». Cette position n’est pas un rejet des libertés fondamentales, mais une contestation de la suprématie absolue accordée aux interprétations parfois extensives des juges constitutionnels ou européens. Dans un contexte de crises sécuritaires et migratoires répétées, l’impossibilité d’appliquer des mesures de bon sens au nom de principes abstraits est perçue par une majorité de Français comme une impuissance publique intolérable. L’enjeu est donc de rééquilibrer le droit positif pour qu’il serve la protection de la nation plutôt que de lui faire obstacle.
Le primat des traités européens au cœur des tensions nationales
L’autre grand chantier de cette confrontation doctrinale concerne la hiérarchie des normes et le rôle des traités internationaux. Le Rassemblement national prône une inversion radicale pour garantir la supériorité des lois françaises sur le droit européen. De son côté, Bruno Retailleau propose de s’affranchir, dans des situations spécifiques, de la primauté des traités de l’Union européenne. L’adaptation du primat des traités européens s’impose désormais comme un enjeu crucial pour restaurer la pleine souveraineté de l’État.
Les partisans de la suprématie européenne rappellent souvent que ces traités ont été instaurés après la Seconde Guerre mondiale pour prémunir le continent contre le retour des régimes totalitaires, un argument réactivé aujourd’hui par la gauche face aux poussées électorales souverainistes en Europe, notamment en Allemagne. Toutefois, les défenseurs de la souveraineté répliquent que les défis du XXIe siècle ne sont plus ceux du milieu du XXe siècle. Les traités actuels, pensés dans un contexte de mondialisation heureuse, s’avèrent inadaptés face à la pression migratoire et à la nécessité de réindustrialiser nos pays. Permettre à la France de déroger ponctuellement à ces règles n’est pas un reniement de la démocratie, mais au contraire sa plus haute expression : celle d’un peuple libre de décider de son propre destin.