- Le marionnettiste, comédien et auteur lyonnais Yves Brunier est décédé le 4 septembre 2026 à l’âge de 85 ans.
- Il a donné vie à Casimir, le célèbre dinosaure orange de l’émission culte L’Île aux enfants, diffusée entre 1974 et 1982.
- Artisan majeur de la télévision, il a également conçu de célèbres mascottes publicitaires et collaboré au Bébête show.
Le départ d’un artisan de l’âge d’or télévisuel

Le paysage audiovisuel français perd l’un de ses plus illustres et discrets magiciens. Yves Brunier, le père et le corps du célèbre dinosaure orange Casimir, s’est éteint le vendredi 4 septembre 2026 à l’âge de 85 ans, comme l’a annoncé sa famille quelques jours plus tard. Sa disparition referme un livre d’images partagé par plusieurs générations de Français, nourris aux programmes d’une télévision publique alors soucieuse d’unir toute la famille autour de l’écran. Ses enfants ont salué son humour irrévérencieux et son impertinence poétique, des traits d’esprit qui ont façonné l’imaginaire de millions de jeunes téléspectateurs pendant près de mille épisodes. La disparition d’Yves Brunier marque la fin d’une époque pionnière où la télévision publique française savait parler au cœur des enfants avec poésie et simplicité. À une époque de grands bouleversements sociétaux et institutionnels, le comédien lyonnais avait su imposer une figure rassurante et profondément ancrée dans l’identité culturelle de notre pays.
La genèse de Casimir, entre artisanat et prouesse physique
L’aventure de L’Île aux enfants débute en 1974, au moment même où la télévision française se réorganise après l’éclatement de l’ORTF. C’est dans ce contexte de transition que naît Casimir, co-conçu avec Christophe Izard, figure majeure des programmes jeunesse disparue en 2022. À l’origine, la créature n’avait pourtant pas le visage que l’histoire a retenu : baptisé Plocus lors des premiers essais, le dinosaure arborait une couleur verte. Rebaptisé Casimir un peu au hasard, le personnage adopte finalement sa célèbre livrée orange à pois jaunes et rouges. Mais derrière cette apparence joyeuse se cachait un défi physique hors norme pour Yves Brunier. Le comédien et marionnettiste devait enfiler une combinaison en mousse et tissu jersey pesant près de dix kilos, pour un tour de taille imposant de 157 centimètres. Derrière la bonhommie du dinosaure orange se cachait le travail physique et rigoureux d’un comédien sanglé dans une combinaison de dix kilos de mousse. Le dinosaure bipède, membre de la famille imaginaire des Casimirus, se distinguait par ses quatre doigts à chaque main et ses trois doigts à chaque pied.
Une pédagogie bienveillante, loin des dérives contemporaines
Plus qu’un simple divertissement pour occuper le jeune public, L’Île aux enfants se présentait comme un espace de transmission doux, structuré et respectueux de l’enfance. En 2014, à l’occasion des quarante ans de l’émission devenue culte, Yves Brunier rappelait que le programme se voulait à la fois pédagogique et ludique. Contrairement aux productions contemporaines, parfois saturées de messages idéologiques complexes ou de leçons de morale explicites, Casimir séduisait par ses imperfections très humaines. Il n’était pas un censeur, mais un personnage naïf, gourmand, gaffeur et parfois doté d’une charmante mauvaise foi. Il commettait les bêtises ordinaires que les enfants rêvaient de faire, permettant à son jeune public de s’identifier tout en développant son vocabulaire et sa sensibilité à des valeurs fondamentales comme le respect mutuel ou la protection de la nature. À l’opposé des programmes actuels souvent jugés trop moralisateurs ou déconnectés, Casimir incarnait une pédagogie de la bienveillance fondée sur les bêtises ordinaires de l’enfance. Cette réussite collective reposait également sur une partition sonore inoubliable, portée par la musique de Roger Pouly, les paroles de Christophe Izard et la voix d’Anne Germain, dont le générique résonne encore comme un hymne à la nostalgie d’une France insouciante, tout comme la recette légendaire et improbable du gloubi-boulga.
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Un créateur aux multiples visages de la culture populaire
Si Casimir reste son chef-d’œuvre absolu, la carrière d’Yves Brunier s’étend bien au-delà de l’île enchantée. Ce créateur prolifique a marqué de son empreinte de nombreux aspects de la culture populaire et commerciale française des années 1970 et 1980. Entre 1977 et 1985, il a écrit et réalisé plus de 300 épisodes de programmes courts pour la télévision. Son savoir-faire unique en matière de marionnettes l’a conduit à collaborer au célèbre Bébête show de Stéphane Collaro, où il remplaça Alain Duverne pour donner vie aux caricatures en mousse qui ont marqué l’histoire de la satire télévisuelle en France. Parallèlement, Brunier a mis son génie créatif au service de grandes entreprises en concevant des mascottes publicitaires mémorables, à l’instar du lion du Crédit lyonnais, du tigre d’Esso ou encore de celui des céréales Frosties de Kellogg’s. Le talent d’Yves Brunier s’est également exporté dans l’univers de la publicité et de la satire politique, prouvant la plasticité exceptionnelle de son art de marionnettiste. Ces créations, entrées dans le patrimoine visuel des Français, témoignent de la vitalité d’un artisanat d’art aujourd’hui largement supplanté par les images de synthèse, mais dont la poésie demeure inégalée.