- La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a prononcé son discours sur l’état de l’Union le 16 septembre 2026.
- Parmi les annonces figure le projet de loi « EU Kids Act », visant à interdire les réseaux sociaux aux moins de 13 ans et à restreindre leur accès jusqu’à 15 ans.
- Face à la crise migratoire subie à Ceuta cet été avec 70 000 arrivées, la Commission propose la création d’un mécanisme de réponse d’urgence.
- Bruxelles envisage un statut inédit de « membre associé » pour le Canada et la création d’un Conseil européen de sécurité.
Un discours d’ouverture axé sur la centralisation et la lutte contre les oppositions

Lors de son allocution annuelle devant le Parlement européen réuni à Strasbourg, la présidente de la Commission européenne a affiché une ligne ferme face aux voix dissidentes qui s’élèvent au sein du continent. Devant l’hémicycle strasbourgeois, Ursula von der Leyen a fait de la lutte contre les souverainismes le cœur idéologique de son intervention. Fustigeant tour à tour ce qu’elle qualifie d’« ultranationalistes », d’« antieuropéens » ou d’instruments de désinformation étrangère, la dirigeante allemande a appelé les forces politiques europhiles à se coaliser. Dans une vision ouvertement intégrationniste, l’exécutif bruxellois entend contrer la volonté des nations de reprendre le contrôle de leurs compétences directes, plaidant pour un renforcement de l’action communautaire au nom de la défense des « valeurs européennes ».
L’« EU Kids Act » : une régulation intrusive du monde numérique
Le volet technologique du discours a été marqué par la présentation d’une initiative législative visant la protection de l’enfance sur Internet. Baptisé « EU Kids Act », ce projet de texte rédigé avec la commissaire au Numérique, Henna Virkkunen, entend imposer des règles uniformes à l’échelle des 27 États membres. Le projet de loi « EU Kids Act » prévoit l’interdiction stricte des réseaux sociaux avant l’âge de 13 ans et la mise en place de comptes surveillés entre 13 et 15 ans. Concrètement, les adolescents de cette tranche d’âge ne disposeraient que de « mini-comptes » paramétrés et contrôlés par les parents, assortis de limites de temps et de fonctionnalités réduites. Pour les 15-18 ans, les plateformes devront garantir un environnement sécurisé par défaut. Les géants du secteur qui ne se conformeraient pas à ces exigences, notamment en maintenant le défilement infini ou la recommandation ultra-personnalisée pour les mineurs, risqueraient des sanctions financières s’élevant jusqu’à 6 % de leur chiffre d’affaires mondial.
Une ouverture inédite vers le Canada au détriment du pré carré européen
Sur le plan géopolitique, Bruxelles surprend en proposant un partenariat renforcé sans précédent avec Ottawa. En présence du Premier ministre canadien Mark Carney, invité d’honneur à Strasbourg, l’exécutif européen a exprimé son souhait d’élever la relation transatlantique à un niveau jamais atteint. En proposant au Canada le statut inédit de « membre associé » de l’Union européenne, la Commission bouscule le périmètre géographique traditionnel des institutions. Ursula von der Leyen a vanté une convergence de vues sur le climat, l’intelligence artificielle ou l’Arctique. Cette proposition s’accompagne d’une invitation faite au Canada à participer à une nouvelle instance de concertation stratégique restreinte. Mark Carney a salué de son côté une « alliance unique », motivée en arrière-plan par les tensions commerciales croissantes avec les États-Unis qui incitent le Canada à diversifier ses débouchés politiques et économiques.
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Frontières extérieures : une réaction européenne face au choc migratoire de Ceuta
Le volet sécuritaire et migratoire a remis au centre des débats la vulnérabilité des frontières du sud de l’Europe. Prenant acte de la crise survenue fin juillet à Ceuta, où la petite enclave espagnole a fait face à l’afflux d’un contingent de plus de 70 000 migrants venus du Maroc, la Commission tente de répondre aux inquiétudes grandissantes des opinions publiques sur l’impuissance des structures actuelles. L’afflux massif de plus de 70 000 migrants à Ceuta contraint Bruxelles à proposer un cadre européen de réponse d’urgence. Ursula von der Leyen a reconnu la nécessité de bâtir des infrastructures de défense, y compris des barrières physiques et des dispositifs de surveillance renforcée, pour contrer les tactiques d’« instrumentalisation » de la pression migratoire par des pays tiers. Toutefois, ce mécanisme de crise reste conditionné à des critères de déclenchement strictement définis par la bureaucratie européenne.
Un projet de Conseil de sécurité européen restreint
Pour parachever sa vision globale, la présidente de la Commission a réitéré son ambition de doter le continent d’une structure de coordination militaire et diplomatique permanente. La création d’un Conseil européen de sécurité réunirait l’Union européenne, le Royaume-Uni, la Norvège et le Canada autour des enjeux de défense continentale. Ce projet entend matérialiser une réponse multilatérale face à la dégradation de la situation internationale. Il s’inscrit dans la volonté de la Commission de peser sur les décisions stratégiques globales, bien que les modalités d’articulation entre ce nouvel organe supra-national et les souverainetés nationales en matière de défense demeurent à ce stade imprécises.