- Donald Trump a annoncé négocier un accord d’importation de potasse avec la Biélorussie pour faire pression sur le Canada.
- Le Premier ministre de la Saskatchewan, Scott Moe, et l’opposante biélorusse Svetlana Tsikhanovskaïa dénoncent l’achat d’une « potasse de sang ».
- Le président biélorusse Alexandre Loukachenko a tempéré cette annonce en affirmant que toute sa production était déjà sous contrat.
Une alternative économique pour les agriculteurs américains

Dans le cadre d’un bras de fer commercial persistant avec Ottawa, le président américain Donald Trump a annoncé la négociation d’un accord « massif » visant à importer de la potasse depuis la Biélorussie. Sur son réseau Truth Social, le chef de l’État s’est félicité d’une initiative qui permettrait d’obtenir des tarifs nettement inférieurs à ceux actuellement facturés par le partenaire canadien. Cette décision pragmatique vise à soulager directement les agriculteurs et les éleveurs américains face à la hausse des coûts de ce minéral indispensable aux rendements agricoles. Actuellement, les États-Unis dépendent très largement de leur voisin du Nord pour leur approvisionnement en engrais. En effet, près de 80 % de la potasse utilisée dans les exploitations agricoles américaines provient des gisements du Canada, représentant une facture de 4,2 milliards de dollars en 2025.
Des levées de boucliers éthiques et géopolitiques
L’annonce américaine a immédiatement suscité de vives réactions de la part d’Ottawa et de ses alliés européens, qui dénoncent un contournement des sanctions internationales. Scott Moe, le Premier ministre de la Saskatchewan · province qui concentre les dix mines de potasse en activité au Canada · a fustigé l’achat d’une « potasse de sang » contribuant indirectement à l’effort de guerre russe en Ukraine. De son côté, l’opposante biélorusse en exil Svetlana Tsikhanovskaïa a affirmé que les revenus de cette industrie servent principalement à financer la répression interne à Minsk. Ces protestations interviennent alors que Washington venait d’obtenir la libération de 25 prisonniers politiques biélorusses en échange d’un assouplissement partiel des sanctions économiques. La Lituanie voisine a d’ailleurs rappelé par la voix de son ministre des Affaires étrangères, Kestutis Budrys, que l’Union européenne n’avait aucune raison de relâcher sa pression sur le régime d’Alexandre Loukachenko.
Des obstacles logistiques et contractuels majeurs
Malgré l’optimisme affiché par la Maison-Blanche, la réalisation concrète de cet accord commercial se heurte à d’importantes contraintes matérielles et diplomatiques. Contre toute attente, le dirigeant biélorusse Alexandre Loukachenko a lui-même tempéré les déclarations américaines en précisant qu’aucun stock d’engrais n’était actuellement disponible pour l’exportation vers l’Occident, la totalité de la production nationale étant déjà engagée sous contrat. De surcroît, l’acheminement du minerai pose un défi technique complexe pour ce pays totalement enclavé en Europe de l’Est. L’économiste Erin Weir souligne que la Biélorussie a perdu son principal accès maritime en raison du blocage des voies de transport par la Lituanie voisine. Sans issue logistique viable à court terme, la volonté de rupture de Donald Trump avec le monopole canadien pourrait donc rester un outil de pression politique plutôt qu’une réalité commerciale immédiate.