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samedi 3 octobre 2026
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Énergie : l’Italie de Giorgia Meloni acte son grand retour au nucléaire

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Énergie : l'Italie de Giorgia Meloni acte son grand retour au nucléaire
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L’essentiel
  • Le Parlement italien a définitivement adopté le 23 septembre 2026 la loi n°169 ouvrant la voie au retour de l’atome après quarante ans d’absence.
  • La présidente du Conseil, Giorgia Meloni, a salué un choix de « bon sens » pour garantir la souveraineté énergétique de la péninsule.
  • Le géant français EDF et sa filiale Nuward se positionnent déjà grâce à des partenariats industriels avec des leaders transalpins.
  • Ce tournant s’inscrit dans un mouvement européen de retour au réalisme énergétique, à l’instar des décisions récentes en Belgique et en Suède.

Un choix de souveraineté et de bon sens pour Rome

Énergie : l'Italie de Giorgia Meloni acte son grand retour au nucléaire

Le pragmatisme politique et la quête d’indépendance énergétique viennent de remporter une victoire historique de l’autre côté des Alpes. Près de quatre décennies après avoir tourné le dos à l’atome, l’Italie s’apprête à réintégrer le concert des nations nucléaires. Le 23 septembre 2026, le Sénat italien a définitivement adopté, par 81 voix contre 51 et sept abstentions, le projet de loi d’habilitation qui redessine l’avenir de la péninsule. Devenue la loi n° 169 du 29 septembre 2026 après sa publication officielle, cette réforme entrera en vigueur le 15 octobre prochain, dotant le gouvernement de Giorgia Meloni des outils législatifs indispensables pour rebâtir une filière nationale.

Pour la présidente du Conseil, ce texte représente un arbitrage rationnel face aux contradictions d’un système qui refusait de produire sur son sol ce qu’il achetait à ses voisins. « Aujourd’hui, nous importons de l’électricité produite par les centrales nucléaires des pays voisins, mais nous ne pouvons pas la produire nous-mêmes. Cette loi sert à changer les choses », a martelé Giorgia Meloni, saluant une décision courageuse. Si ce texte n’acte pas encore le chantier d’un réacteur précis ni le choix d’un site, il pose les fondations institutionnelles indispensables : création d’une autorité de sûreté indépendante, élaboration d’un programme national et définition d’un cadre pour la recherche, le développement et la gestion des déchets. Ce vote historique marque le début d’une transition pragmatique vers l’autonomie énergétique de la péninsule.

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L’épilogue de quarante ans de dogmatisme énergétique

Ce revirement stratégique marque la fin d’une longue parenthèse de doutes et de reculades idéologiques. Pourtant pionnière du nucléaire civil européen dès les années 1960, l’Italie avait brutalement brisé son élan sous le coup de l’émotion collective. Au lendemain de la catastrophe de Tchernobyl, le référendum de 1987 avait ouvert la voie au démantèlement de son industrie, scellé en 1990 par la fermeture définitive des réacteurs de Caorso et de Trino Vercellese. Une première tentative de relance, initiée en 2009 sous l’égide de Silvio Berlusconi, avait elle aussi été balayée par l’onde de choc de l’accident de Fukushima en 2011, figeant le pays dans un statu quo pénalisant pour sa compétitivité industrielle.

Quinze ans plus tard, le réalisme géopolitique et la nécessité de décarboner l’économie sans sacrifier la croissance ont balayé les vieux tabous. Le ministre de l’Environnement et de la Sécurité énergétique, Gilberto Pichetto Fratin, principal artisan de cette loi, récuse fermement l’idée d’un retour nostalgique vers le passé. Il insiste sur le fait que l’atome est une technologie d’avenir qui, associée aux énergies renouvelables, offre des résultats majeurs pour la sécurité nationale sur la voie de la neutralité carbone en 2050. Le gouvernement italien assume désormais une rupture totale avec les choix idéologiques des quarante dernières années. Cette ambition renouvelée offre désormais un terrain d’expansion inespéré aux champions industriels français, historiquement proches des acteurs transalpins.

EDF et Nuward : le savoir-faire français en embuscade

Cette renaissance italienne représente une opportunité commerciale et géopolitique majeure pour la France, dont l’expertise nucléaire demeure une référence mondiale. Ce n’est pas la première fois que Paris et Rome tentent de s’allier dans ce domaine. En février 2009, EDF et le géant italien Enel avaient conclu un partenariat industriel ambitieux visant à étudier la faisabilité d’au moins quatre réacteurs de type EPR en Italie, avec une mise en service alors espérée à l’horizon 2020. Le coup d’arrêt populaire de 2011 avait brisé cette alliance, mais les ponts n’ont jamais été totalement coupés entre les deux nations.

Aujourd’hui, l’approche française se veut plus agile et adaptée aux nouveaux besoins du marché européen grâce aux petits réacteurs modulaires (SMR). En juin 2026, EDF et sa filiale dédiée, Nuward, ont devancé la promulgation de la loi en signant une déclaration d’intention stratégique avec huit fleurons de l’industrie italienne, parmi lesquels Edison, Ansaldo, Saipem et Webuild. L’objectif de cette alliance préventive est de préparer le terrain pour le déploiement du réacteur SMR français sur le sol italien. Cette démarche partenariale démontre la volonté de la France de bâtir une véritable souveraineté industrielle partagée à l’échelle du continent.

Une filière italienne prête à renaître de ses cendres

Si l’Italie n’a plus produit un seul mégawatt d’origine nucléaire depuis plus de trois décennies, ses ingénieurs et ses industriels n’ont jamais totalement déserté ce secteur de haute technologie. Des entreprises italiennes de premier plan, à l’instar d’Ansaldo Nucleare, de Saipem ou de Walter Tosto, ont continué d’exporter leur savoir-faire de pointe en participant activement à des chantiers internationaux. Cette résilience technique constitue un atout maître pour Rome, qui dispose d’un tissu industriel immédiatement mobilisable pour accompagner les concepteurs de réacteurs.

Pour la direction de Nuward, le marché italien n’est pas une simple terre d’exportation, mais un partenaire stratégique pour consolider la chaîne d’approvisionnement européenne. En intégrant les compétences transalpines dans son futur programme de SMR, l’entreprise française ambitionne de créer une chaîne de valeur solide à l’échelle du continent. Néanmoins, la concurrence s’annonce rude, car Rome n’a pas encore officiellement arrêté son choix technologique et d’autres acteurs internationaux ne manqueront pas de courtiser le gouvernement de Giorgia Meloni. L’Italie dispose d’un tissu industriel de pointe qui n’a jamais totalement abandonné l’expertise nucléaire malgré l’arrêt historique de ses centrales.

La fin du dogme anti-nucléaire en Europe

La décision de Rome n’est pas un cas isolé, mais l’illustration d’une lame de fond qui bouscule les anciennes certitudes européennes. Partout sur le continent, les gouvernements abandonnent l’un après l’autre les politiques de sortie de l’atome héritées des décennies précédentes pour faire face au défi de la transition énergétique et de l’indépendance nationale. La Belgique, qui avait gravé dans le marbre en 2003 l’arrêt progressif de ses centrales, a radicalement changé de cap. Après avoir décidé la prolongation de Doel 4 et de Tihange 3, la Chambre des représentants belge a voté massivement en mai 2025, par 102 voix contre 8, la suppression pure et simple du principe de sortie du nucléaire.

La Suède s’inscrit dans cette même dynamique pragmatique en s’attaquant désormais au nerf de la guerre : le financement des futures infrastructures. Depuis le mois d’août 2025, Stockholm permet aux développeurs de nouveaux réacteurs de solliciter des garanties de l’État pour sécuriser leurs investissements d’envergure. Cette convergence européenne vers l’atome valide une vision souverainiste de l’indépendance énergétique fondée sur la sécurité d’approvisionnement. Face à la crise énergétique mondiale, le réalisme technologique reprend enfin le dessus sur les dogmes environnementaux qui ont si longtemps fragilisé les économies du Vieux Continent.

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Écrit par
Raphael Simon

Fondateur et directeur de la publication de La Revue. Il suit l'économie des médias, l'hôtellerie et les grandes tendances de consommation.

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