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mercredi 30 septembre 2026
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Cinéma : Judith Godrèche adapte « Mémoire de fille » d’Annie Ernaux

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Cinéma : Judith Godrèche adapte « Mémoire de fille » d'Annie Ernaux
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L’essentiel
  • La réalisatrice Judith Godrèche porte à l’écran le roman autobiographique d’Annie Ernaux, prix Nobel de littérature.
  • Le rôle de l’écrivaine à l’âge de 18 ans a été confié à Tess Barthélemy, la propre fille de la cinéaste.
  • L’actrice de théâtre Valérie Dréville incarne quant à elle l’auteur mûre, replongeant dans ses souvenirs de 1958.

Une relecture cinématographique de l’œuvre d’Annie Ernaux

Cinéma : Judith Godrèche adapte « Mémoire de fille » d'Annie Ernaux

L’adaptation des œuvres littéraires à l’écran demeure un exercice délicat, particulièrement lorsqu’il s’agit d’un auteur aussi singulier qu’Annie Ernaux. Couronnée par le prix Nobel de littérature, l’écrivaine a bâti son œuvre sur l’autosociographie, un genre exigeant qui mêle l’intime à l’histoire collective de notre pays. En s’emparant de « Mémoire de fille », un récit autobiographique majeur, la réalisatrice Judith Godrèche propose une lecture cinématographique d’une grande rigueur dramatique. Le roman d’origine disséquait l’été de 1958, une période charnière pour la France, mais aussi pour cette jeune fille de dix-huit ans qui, alors animatrice en colonie de vacances, faisait l’expérience douloureuse de la perte de ses illusions. Cette adaptation cinématographique jette un pont délicat entre la rigueur littéraire d’une bachelière de la fin des années 1950 et le regard contemporain de la réalisatrice. À travers ce long-métrage, c’est toute une époque de la France provinciale qui ressurgit, marquée par des codes moraux stricts et une soif d’indépendance intellectuelle.

La transmission familiale au cœur de la distribution

Le choix des interprètes s’avère crucial pour donner corps à la double temporalité propre au récit d’Ernaux, qui navigue constamment entre le présent de l’écriture rétrospective et le passé du souvenir brut. Pour incarner l’écrivaine à l’âge mûr, qui revient à Rouen pour une lecture publique sur scène, Judith Godrèche a fait appel à l’actrice de théâtre Valérie Dréville, dont le jeu tout en retenue impose une gravité nécessaire. Face à elle, le choix de la jeunesse s’est porté sur un visage particulièrement proche de la cinéaste, offrant une dimension presque documentaire au projet. En confiant le rôle de la jeune Annie à sa propre fille, Tess Barthélemy, Judith Godrèche inscrit son film dans une démarche de transmission intime et intergénérationnelle. Ce choix de mise en scène renforce l’authenticité de la démarche artistique, liant le destin de la jeune fille d’hier aux questionnements des jeunes filles d’aujourd’hui, tout en préservant une pudeur classique indispensable pour aborder des sujets aussi sensibles que la honte et la dépossession de soi.

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Le portrait d’une jeunesse française de la fin des années 1950

Le long-métrage s’ouvre sur le retour d’Annie Ernaux à Rouen, la grande cité normande où elle commença ses études de lettres supérieures en 1960. C’est à partir de ce point d’ancrage géographique et intellectuel que le spectateur est projeté dans l’été de 1958. La caméra de Godrèche s’attache à dépeindre avec précision le quotidien de cette jeune fille d’alors, vibrante d’aspirations classiques. On la découvre écoutant amoureusement Georges Brassens sur son tourne-disque, déclamant ses textes avec passion face à son miroir, ou dérobant des meringues dans l’épicerie familiale tenue par sa mère au rez-de-chaussée. Ce souci du détail historique ancre solidement l’œuvre dans une France provinciale et travailleuse, attachée à l’élévation sociale par l’école. En effet, la jeune Annie n’hésite pas à corriger les fautes grammaticales de sa meilleure amie, témoignant d’un respect précoce pour la langue française et l’exigence de l’esprit. La reconstitution minutieuse restitue l’atmosphère d’une France provinciale où la rigueur des études de lettres se mêle aux premiers émois de l’émancipation.

La fin des illusions et l’expérience de la dépossession de soi

Mais derrière cette apparente légèreté provinciale se profile le drame intime qui va bouleverser cette existence. L’expérience de la colonie de vacances se transforme rapidement en un parcours difficile, marqué par les désillusions face au monde masculin. Le film de Judith Godrèche se refuse à l’esthétisation facile et préfère scruter la réalité psychologique de cette époque. Elle met en lumière ce que le texte d’Ernaux décrivait comme la brutalité des rapports et la honte sociale qui en découle pour la jeune fille non initiée. La jeune Annie se retrouve brusquement confrontée au regard des autres et à une forme d’exclusion. Le long-métrage explore sans concession la perte de l’innocence face aux dures réalités des rapports humains et de la dépossession de soi. En se focalisant sur cette fracture intime, le film montre comment l’écriture exigeante et la quête de vérité sont devenues, pour l’écrivaine, le seul chemin de reconstruction possible, transformant un souvenir douloureux en une œuvre littéraire de portée nationale.

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Écrit par
Léa Fontaine

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