- L’actrice, chanteuse et écrivaine Marina Vlady s’est éteinte ce jeudi à l’âge de 88 ans à son domicile.
- Figure majeure du cinéma des années 1950 à 1980, elle avait reçu le Prix d’interprétation au Festival de Cannes en 1963.
- Inoubliable incarnation de la Princesse de Clèves à l’écran, elle laisse derrière elle une œuvre prolifique de près de cent films et plusieurs ouvrages.
Une figure souveraine du cinéma classique et populaire

Le septième art français perd l’un de ses visages les plus singuliers. Marina Vlady s’est éteinte ce jeudi à l’âge de 88 ans à son domicile, entourée de ses proches et de ses animaux. Née le 10 mai 1938 à Clichy sous le nom de Marina de Poliakoff-Baïdaroff, cette fille d’émigrés russes · née d’un père ex-aviateur de l’armée française et chanteur d’opéra, et d’une mère ancienne danseuse · incarnait une alliance rare entre le patrimoine dramatique français et le romantisme slaves. Sa disparition marque la fin d’une trajectoire artistique d’une longévité exceptionnelle, entamée dès l’enfance et poursuivie sur près de six décennies.
Des débuts précoces et une consécration littéraire à l’écran
Enfant de la balle venue très tôt au jeu, elle commence à tourner dès l’âge de 10 ans avant de s’imposer comme un espoir majeur du cinéma national. À seulement 16 ans, elle reçoit le prix Suzanne-Bianchetti pour son rôle dans Avant le déluge d’André Cayatte. Très vite, sa beauté classique et son intensité dramatique séduisent les réalisateurs. Elle épouse à 17 ans le comédien et metteur en scène Robert Hossein, avec qui elle tournera à plusieurs reprises et aura deux fils, avant d’avoir un troisième enfant avec l’aventurier Jean-Claude Brouillet. En 1961, elle donne corps à l’un des plus grands chefs-d’œuvre de la littérature nationale en interprétant le rôle-titre de La Princesse de Clèves sous la direction de Jean Delannoy, inscrivant définitivement son nom au panthéon du cinéma classique.
Une reconnaissance internationale saluée par les plus grands maîtres
Capable d’alterner avec aisance le cinéma populaire et les œuvres d’auteur les plus exigeantes, l’actrice a marqué les écrans français et italiens tout au long de sa carrière. Elle décroche le Prix d’interprétation féminine au Festival de Cannes en 1963 pour son rôle dans Le Lit conjugal de Marco Ferreri. Cette distinction concrétise une stature internationale qui la mènera à travailler avec les plus illustres réalisateurs de son temps : Orson Welles pour Falstaff en 1965, Jean-Luc Godard pour Deux ou trois choses que je sais d’elle en 1967, Bertrand Tavernier dans Que la fête commence… en 1975, ou encore Ettore Scola dans Splendor en 1989. Fort d’une filmographie riche de près d’une centaine de longs-métrages, son parcours témoigne d’une exigence artistique constante.
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L’empreinte de la Russie et le souvenir de Vladimir Vyssotski
Parallèlement à la comédie, Marina Vlady a entretenu un lien indéfectible avec la tradition musicale et ses racines culturelles russes. D’abord au sein du quatuor Les Sœurs Poliakoff, formé avec ses trois comédiennes de sœurs, elle enregistre des chants traditionnels et folkloriques, décrochant plus tard, pour sa carrière solo, le prix de l’Académie Charles-Cros en 1973. En 1969, elle épouse le chanteur et poète russe Vladimir Vyssotski et s’installe à Moscou jusqu’à la disparition de ce dernier en 1980. De cet amour passionné naîtra l’ouvrage Vladimir ou le vol arrêté, publié en 1987 et adapté sur scène. Au total, elle signera une dizaine de livres, dont ses mémoires parues en 2005 sous le titre 24 images/secondes, dans lesquelles elle livrait une réflexion intime sur sa vie familiale et artistique, rappelant avoir partagé son existence avec quatre époux et élevé trois fils.
Un retrait progressif vers le théâtre et les combats de société
À partir des années 1990, l’artiste choisit de privilégier les planches du théâtre, tout en s’investissant dans le débat public. Au-delà des plateaux de tournage, Marina Vlady s’est illustrée par des engagements civiques et sociaux marquants. Signataire en son temps du Manifeste des 343, elle s’était engagée plus tard aux côtés de son dernier compagnon, le médecin Léon Schwartzenberg, en faveur du droit au logement et de la défense des personnes en situation irrégulière, participant notamment à la fondation de l’association DAL. Avec son décès, c’est une grande figure de la culture française, à la fois comédienne accomplit et femme de lettres, qui tire sa révérence.