- Face aux menaces de pénurie, le président français demande à l’Union européenne d’assouplir temporairement les normes sur le gazole et le kérosène.
- La paralysie du détroit d’Hormuz menace de priver le marché mondial de 4 millions de barils par jour supplémentaires, asséchant les stocks.
- La France suggère de lever des contraintes environnementales pour permettre aux raffineries de gonfler leur production de 5% à 20%.
- Le report d’une directive anti-méthane sur les importations d’hydrocarbures prévue pour 2027 est également réclamé par l’Élysée.
Le spectre d’une pénurie majeure au Moyen-Orient

La souveraineté énergétique du continent vacille sous le poids des tensions géopolitiques au Moyen-Orient. Dans un courrier daté du 18 septembre adressé à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, Emmanuel Macron sollicite des mesures d’urgence face aux menaces sérieuses qui pèsent sur l’approvisionnement en hydrocarbures. La fermeture quasi-totale du détroit d’Hormuz depuis mars 2026, cumulée aux frappes contre des infrastructures énergétiques russes et moyen-orientales, a entraîné une contraction drastique de l’offre mondiale. Le chef de l’État y révèle que les réserves globales de pétrole ont chuté de plus de 500 millions de barils. Sans une réouverture de ce passage maritime stratégique ou la remise en service de l’oléoduc saoudien Est-Ouest, le tarissement des stocks pourrait amputer l’offre mondiale de brut de 4 millions de barils supplémentaires par jour. Cette situation critique expose directement les pays européens, au premier rang desquels la France, dont les distributeurs nationaux signalent déjà de graves difficultés pour sécuriser les livraisons des prochaines semaines.
L’étau des normes européennes sur le raffinage
Face à la menace d’un blocage économique, le réalisme géopolitique impose de remettre en cause la rigidité des normes édictées par Bruxelles. Dans sa missive, le président français demande d’assouplir exceptionnellement les exigences techniques européennes sur la qualité des carburants raffinés sur notre sol. Actuellement, des critères très stricts portant sur la densité, la masse volumique et le niveau de désulfuration limitent la capacité de raffinage européenne. À titre de comparaison, le gazole américain peut contenir jusqu’à 15 ppm (parties par million) de soufre, contre seulement 10 ppm au sein de l’Union européenne. En desserrant temporairement ces contraintes, les raffineries du continent pourraient obtenir des gains de production immédiats compris entre 5% et 20% selon les installations. Ce recours à la flexibilité industrielle, qui avait déjà été activé avec succès durant la crise sanitaire du Covid-19, permettrait d’augmenter rapidement l’offre disponible sur le marché intérieur sans investissement lourd.
L’incorporation accrue de biocarburants comme filet de sécurité
Un autre levier d’action proposé par l’exécutif repose sur la modification de la composition des carburants routiers distribués à la pompe. Emmanuel Macron suggère d’autoriser la substitution à grande échelle du gazole B7 par le B10. Le gazole B7, standard actuel en Europe, incorpore jusqu’à 7 % de biogazole, tandis que le B10 peut en contenir jusqu’à 10 %. Bien que ce dernier présente un contenu énergétique légèrement plus faible pouvant entraîner une marge minime de surconsommation, la généralisation du gazole B10 offrirait un ballon d’oxygène décisif pour l’approvisionnement de nos réseaux de distribution. Ce choix pragmatique met en lumière l’importance stratégique de l’indépendance énergétique : l’Europe dépend aujourd’hui du Moyen-Orient pour 36 % de ses importations de kérosène et 18 % de son gazole. Renforcer la part des biocarburants locaux permet ainsi de réduire, même modestement, cette soumission aux marchés extérieurs.
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Le sursis nécessaire face à la bureaucratie verte
Enfin, la crise actuelle pousse la France à exiger un moratoire sur les nouvelles barrières bureaucratiques de la transition écologique. Le chef de l’État demande le report d’un an, au 1er janvier 2028, d’une nouvelle réglementation sur les importations d’énergies fossiles (pétrole, gaz et charbon). Ce texte, initialement prévu pour s’appliquer dès 2027, impose aux importateurs de prouver que leurs fournisseurs extra-européens respectent des normes de contrôle des émissions de méthane équivalentes à celles de l’Union européenne. Or, de nombreux pays producteurs tiers sont incapables de fournir ces données complexes. Cette contrainte normative risque d’asphyxier nos canaux d’importation au moment précis où la sécurisation de nos approvisionnements est vitale. Pour les défenseurs de la souveraineté économique, cette demande de report illustre l’impasse d’un agenda environnemental déconnecté des réalités industrielles et de la sécurité stratégique des nations européennes.