- L’ancienne ministre Rachida Dati a fait face à un interrogatoire tendu lors de son procès devant le tribunal correctionnel de Paris le 24 septembre 2026.
- Elle est poursuivie pour corruption et trafic d’influence, concernant des activités présumées de lobbying déguisé pour Carlos Ghosn et Renault SAS alors qu’elle était eurodéputée.
- Des altercations verbales ont éclaté entre la prévenue et les avocats des parties civiles, notamment sur l’absence de traces écrites de son travail et la nature de ses missions à l’étranger.
- La présidente du tribunal a dû suspendre l’audience face à la montée de la tension et au caractère jugé « stérile » de certains échanges.
Une journée sous haute tension au tribunal correctionnel

La ligne de défense de Rachida Dati, ancienne garde des Sceaux et eurodéputée, était mise à rude épreuve ce jeudi 24 septembre 2026 devant le tribunal correctionnel de Paris. Poursuivie pour corruption et trafic d’influence, elle est soupçonnée d’avoir masqué des activités de lobbying auprès du Parlement européen pour le constructeur automobile Renault SAS, sous couvert de missions d’avocate pour l’ex-patron du groupe, Carlos Ghosn. Après une première journée tendue la veille, marquée par des questions incisives du Parquet national financier et des juges assesseurs, l’ambiance n’a fait que monter d’un cran face aux avocats des parties civiles, notamment ceux de Renault SAS et d’associations anti-corruption. L’ancienne ministre, qui avait jusque-là « fait le dos rond », est finalement sortie de ses gonds, donnant lieu à des échanges particulièrement vifs.
L’absence de preuves écrites au cœur des débats
Les hostilités ont été lancées par Philippe Goossens, l’un des avocats de Renault SAS. Ses questions ont porté sur l’absence de traces écrites tangibles du travail d’avocate que Rachida Dati dit avoir réalisé pour Carlos Ghosn. L’avocat a ironisé sur son « côté avocat », provoquant la première réaction forte de l’ancienne eurodéputée : « Non, ce n’est pas mon côté avocat ! », s’est-elle exclamée. La présidente du tribunal a dû intervenir pour tenter d’apaiser les débats. La discussion s’est ensuite orientée vers les missions de Rachida Dati à l’étranger, notamment en Turquie. L’enjeu était de taille pour Renault-Nissan VB, alors que la France était menacée de boycott dans le contexte du débat sur la loi pénalisant la négation du génocide arménien. Les questions sur l’absence de documents tangibles prouvant son travail d’avocate pour Carlos Ghosn ont rapidement fait monter la tension.
Répliques acerbes et accusations de préjugés
Face à l’insistance de l’avocat sur la nécessité de distinguer Renault de la France dans ses échanges en Turquie, Rachida Dati n’a pas caché son agacement. Elle a expliqué avoir « présenté l’alliance avec Nissan » et avoir précisé que « Renault n’est pas soumis aux instructions du gouvernement français… ». C’est à ce moment que la tension a culminé. « Je sais ce que vous voyez : on discute, on boit du thé, on est entre Arabes… Je sais ce que vous pensez ! », a-t-elle lancé, suscitant l’indignation dans la salle. Devant l’intervention de l’avocat, elle a rétorqué : « Non, je ne m’énerve pas, je dis les choses ! Hier encore, on a dit : ‘Est-ce qu’elle est vraiment avocate ?’, ‘Qu’est-ce qu’elle a fait comme travail ?’ Oui je sais lire et écrire, je suis avocate et je suis Française ! » La présidente du tribunal a rappelé le cadre des débats, excluant tout « débat essentialisant ». C’est sur les missions à l’étranger, et notamment en Turquie, que Rachida Dati a laissé éclater sa colère, accusant implicitement les avocats de préjugés.
À lire aussi Procès de Rachida Dati : l’heure de vérité sur ses missions pour Renault
Joutes verbales sur l’Iran et le Maroc, l’audience suspendue
Le second volet de l’interrogatoire, mené par Maître Kami Haeri, a maintenu le rythme des échanges vifs. L’avocat s’est concentré sur la mission de Rachida Dati en Iran, cherchant à quantifier l’enjeu financier de son intervention. « Écoutez on va pas faire l’Euromillions ! », s’est impatientée la prévenue. « N’essayez pas de réinterpréter à chaque fois ce qu’on dit ! Je ne serais pas allée en Iran s’il n’y avait pas un enjeu important pour l’alliance Renault-Nissan. » Elle a également asséné : « Monsieur Haeri, je ne suis pas la fée Clochette ! » Interrogée sur ses contacts présumés avec les Gardiens de la révolution, Rachida Dati a assuré être passée par l’ambassadeur d’Iran à Paris, un point que l’avocat a contesté. « Vous aimez vous écouter parler », a-t-elle taclé. Quant au succès de sa mission, elle a souligné un « travail collectif », ajoutant qu’« en Iran, ils n’ont pas été ennuyés, ne sont pas partis et sont devenus, après, leaders ». Face à ces échanges jugés « trop stériles », la présidente du tribunal a décidé de suspendre l’audience, un « vœu le plus cher du tribunal » pour que chacun retrouve sa « sérénité ». Le second volet de l’interrogatoire, mené par Maître Kami Haeri, a maintenu le rythme des échanges vifs, particulièrement sur la complexité des missions en Iran et au Maroc.
Accusations personnelles et le rappel à l’ordre judiciaire
La reprise des débats n’a pas suffi à apaiser durablement les tensions. L’avocat de Renault a évoqué la mission au Maroc, pour l’usine de Tanger, suggérant qu’un accord de financement existait déjà avant l’arrivée de Rachida Dati dans le dossier. L’ancienne ministre a rétorqué sur le ton de l’avocat, jugé « si doucereux, comme si c’était la vérité judiciaire… ». Les échanges se sont envenimés une dernière fois, Rachida Dati attaquant personnellement Maître Kami Haeri : « Quand vous êtes arrivé dans ce dossier, j’ai révélé tous les tweets que vous avez postés sur ma fille, sur moi, sur la paternité… » L’avocat a vivement démenti toute animosité personnelle, rappelant que les avocats « ne sont que des personnes » dans ce type de dossier et que l’objectif n’était pas de « personnaliser le débat ». Cette journée d’audience met en lumière la difficulté pour les personnalités politiques de concilier leurs différentes activités, notamment lorsqu’elles touchent à des intérêts économiques majeurs. La journée s’est achevée sur une note encore plus personnelle, Rachida Dati reprochant à l’avocat des messages postés sur les réseaux sociaux la concernant, un fait que le conseil a tenté de délier du fond du dossier.