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lundi 5 octobre 2026
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Mali : le procès en appel du journaliste Youssouf Sissoko ce 5 octobre

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Mali : le procès en appel du journaliste Youssouf Sissoko ce 5 octobre
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L’essentiel
  • Le procès en appel du journaliste Youssouf Sissoko, directeur de L’Alternance, se tient ce lundi 5 octobre 2026 devant la cour d’appel de Bamako.
  • Il a été condamné en mars à deux ans de prison ferme et un million de FCFA d’amende pour des accusations incluant « atteinte au crédit de l’État » et « offense à un chef d’État étranger ».
  • L’affaire découle de la publication d’un article remettant en question les déclarations du président nigérien Abdourahamane Tiani.
  • Cette procédure s’inscrit dans une série d’arrestations de journalistes au Mali et une « tendance à la répression » dénoncée par des organisations de défense de la presse dans l’Alliance des États du Sahel (AES).

Un appel crucial pour la liberté de la presse au Mali

Mali : le procès en appel du journaliste Youssouf Sissoko ce 5 octobre

Le Mali est le théâtre d’un nouveau chapitre judiciaire qui retient l’attention des défenseurs de la liberté de la presse. Ce lundi 5 octobre 2026, la cour d’appel de Bamako doit se prononcer sur le cas de Youssouf Sissoko, directeur du journal L’Alternance, actuellement incarcéré. Sa condamnation en mars dernier à deux ans de prison ferme et à une amende d’un million de francs CFA avait suscité une vive indignation. Le journaliste, qui a déjà passé huit mois derrière les barreaux, conteste les chefs d’accusation qui pèsent contre lui · « atteinte au crédit de l’État », « offense à un chef d’État étranger » et « diffusion de fausses informations ». Le verdict de cet appel est attendu avec une grande impatience, non seulement pour le destin personnel de Youssouf Sissoko, mais aussi pour le signal qu’il enverra quant au respect de la liberté d’informer dans la région du Sahel.

Au cœur de l’affaire : les accusations du président nigérien Tiani

L’origine de cette affaire remonte à la publication d’un article remettant en question des déclarations du général Abdourahamane Tiani, chef de l’État nigérien. En janvier dernier, le président nigérien avait publiquement accusé les présidents français, béninois et ivoirien d’être impliqués dans une attaque contre l’aéroport de Niamey, événement pourtant revendiqué par l’État islamique au Sahel. C’est en reproduisant un article de l’analyste politique Sambou Sissoko, qui osait affirmer que les services de renseignement nigériens étaient « d’une incompétence abyssale » ou que le président « mentait délibérément », que Youssouf Sissoko s’est retrouvé dans le viseur de la justice malienne. Ses avocats avaient alors plaidé l’absence d’infraction, arguant que le journaliste avait fait son travail en nourrissant un débat d’intérêt général sur un sujet d’actualité.

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Un contexte régional de tensions et de répression croissante

Le cas de Youssouf Sissoko s’inscrit dans un climat politique et sécuritaire particulièrement tendu dans la région. Les militaires putschistes au pouvoir au Mali, au Niger et au Burkina Faso se sont alliés au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), affirmant leur souveraineté mais maintenant le pouvoir sans processus électoral. Les mois qui ont suivi l’attaque de Niamey ont été marqués par une nouvelle offensive djihadiste en juin, revendiquée par le Jnim (lié à al-Qaïda), ainsi qu’une mutinerie de soldats fin août dans la capitale nigérienne. Ces événements ont donné lieu à de nouvelles accusations de complot international de la part du général Tiani, qui a cette fois élargi sa liste à la Mauritanie, à l’Europe et à l’Ukraine, tandis qu’un capitaine nigérien a ajouté le Tchad et la Cédéao. Dans ce contexte d’instabilité et de suspicion, les voix critiques, en particulier celles des journalistes, semblent être devenues des cibles privilégiées.

La dégradation de la liberté de la presse au Sahel

La condamnation de Youssouf Sissoko n’est malheureusement pas un cas isolé et illustre une tendance préoccupante. Au Mali, le journaliste Chahana Takiou a lui aussi été emprisonné et condamné pour avoir cité le cas de Sissoko comme exemple du contournement du droit de la presse par le pôle judiciaire anticybercriminalité. De même, Abdrahamane Keita, un autre confrère, a été inquiété après avoir déploré la situation à Kidal, où l’armée malienne a été chassée par les djihadistes et les indépendantistes. L’Association malienne des éditeurs de presse privée (Assep) avait vivement réagi à la première condamnation de Sissoko, la qualifiant de « menace pour l’équilibre démocratique et l’État de droit ». De son côté, Reporters sans frontières (RSF) a dénoncé une « violation grave de la liberté de la presse », pointant du doigt « la tendance préoccupante à la répression des voix critiques des autorités de l’Alliance des États du Sahel ». Ces multiples affaires soulignent une érosion des garanties fondamentales pour les professionnels de l’information dans une région déjà fragile.

Les enjeux d’un verdict attendu avec prudence

À la veille de son procès en appel, l’entourage de Youssouf Sissoko rapporte qu’il est « confiant et serein », malgré les huit mois déjà passés en détention et près d’un an et demi de prison restant à purger. Les arguments avancés par ses avocats en première instance, mettant en avant l’intérêt général et le droit au débat, seront de nouveau au cœur des délibérations. Le jugement de la cour d’appel de Bamako sera donc scruté attentivement comme un indicateur de la volonté des autorités maliennes de concilier la stabilité étatique avec le respect des libertés fondamentales, notamment celle d’informer. Pour La Revue, il est essentiel de rappeler que même dans des contextes de tensions régionales et de souveraineté nationale, le rôle d’une presse libre est de questionner, d’analyser et d’offrir une pluralité de perspectives à ses concitoyens, sans quoi l’information devient propagande et la démocratie, une illusion.

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Écrit par
Inès Moreau

Traite les questions de société : justice, éducation, santé publique, travail et faits de société.

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