- Les services de l’État ont traité 750 alertes de sécurité économique en 2025, un chiffre multiplié par trois depuis 2020.
- Les petites et moyennes entreprises représentent 80 % des cibles visées par ces tentatives d’ingérence étrangère.
- Bercy a réuni des Assises dédiées pour intensifier la réponse de l’État et protéger le patrimoine industriel national.
Un constat alarmant pour la souveraineté industrielle française

Alors que les questions de défense militaire occupent légitimement le devant de la scène géopolitique, un autre front, tout aussi décisif pour l’avenir de la Nation, se déploie dans l’ombre : celui de la sécurité économique. Dans un contexte mondial marqué par le retour du rapport de force direct entre puissances, nos entreprises sont devenues des cibles prioritaires pour des États et des acteurs étrangers bien décidés à capter nos savoir-faire et à entraver notre indépendance industrielle. En 2025, les services de l’État ont traité 750 alertes relatives à la sécurité économique, un chiffre qui a exactement triplé en l’espace de cinq ans. Cette explosion statistique témoigne d’une guerre économique désormais ouverte, où la capacité technologique et productive de la France est directement mise à l’épreuve. Des puissances hégémoniques n’hésitent plus à instrumentaliser leur domination commerciale, financière ou numérique pour soumettre ou déstabiliser notre appareil productif national.
L’éventail des offensives : de l’espionnage à la captation technologique
L’éventail des méthodes déployées par nos concurrents internationaux illustre la sophistication croissante des stratégies de prédation. Il ne s’agit plus seulement d’opérations clandestines d’espionnage traditionnel, mais d’une panoplie complète de leviers d’influence et de contrainte. La captation de la propriété intellectuelle, l’activisme actionnarial agressif visant à modifier la gouvernance ou la trajectoire stratégique de nos pépites, la signature de partenariats commerciaux asymétriques ainsi que les campagnes de dénigrement médiatique forment un arsenal redoutable. Ces offensives hybrides dépassent le cadre du simple piratage informatique pour s’attaquer directement à la souveraineté technologique de nos groupes stratégiques. En déstabilisant la réputation d’une société ou en s’emparant de ses brevets clés, une puissance rivale parvient à neutraliser un concurrent souverain sans jamais avoir à employer la force armée, portant une atteinte durable à l’autonomie de notre pays.
Les PME en première ligne du pillage économique
L’un des enseignements majeurs de ce bilan réside dans la vulnérabilité particulière de nos territoires et de notre tissu de petites et moyennes entreprises. On pourrait croire que la prédation étrangère se limite aux géants du CAC 40, dotés de structures d’intelligence économique robustes. La réalité du terrain démontre au contraire que les prédateurs s’attaquent méthodiquement au maillage territorial de nos sous-traitants d’excellence, réputés plus faciles d’accès et souvent démunis face à de telles manœuvres. Près de 80 % des entités visées par ces tentatives d’ingérence sont des petites et moyennes entreprises réparties sur l’ensemble du territoire national. Qu’il s’agisse de sous-traitants spécialisés dans l’aéronautique, la défense, l’énergie ou les biotechnologies, aucune région n’est épargnée. La captation d’une innovation stratégique au sein d’une PME régionale peut suffire à priver toute une filière française de son avantage compétitif futur.
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Entre attractivité et protectionnisme stratégique : le sursaut de l’État
Face à la recrudescence de ces attaques, le ministère de l’Économie et des Finances a tenu des Assises spécialement consacrées à la sécurité économique afin d’exposer la doctrine défensive de la France. L’exécutif se trouve confronté à un exercice d’équilibrisme délicat : continuer d’accueillir des investissements internationaux nécessaires au dynamisme de notre économie tout en verrouillant l’accès aux actifs cruciaux de la Nation. L’objectif fixé par les autorités consiste à accélérer la coordination stratégique entre le tissu industriel, les laboratoires de recherche et l’appareil d’État. Pour les partisans d’un véritable patriotisme économique, ce sursaut est indispensable mais exige une fermeté sans faille. La protection du patrimoine scientifique français et le contrôle rigoureux des participations étrangères ne doivent souffrir d’aucune naïveté libre-échangiste, l’État devant assumer pleinement son rôle de bouclier régalien face aux ambitions hégémoniques extérieures.