- L’avocat général Philippe Courroye a requis vingt-sept ans de réclusion criminelle contre Loïk Le Priol et vingt ans contre Romain Bouvier.
- Les deux accusés sont jugés devant la cour d’assises de Paris pour l’assassinat de l’ancien rugbyman international argentin Federico Martín Aramburú en mars 2022.
- Le parquet a également requis des peines de trois ans de prison, dont un an ferme, à l’encontre de deux complices présumés, Lyson Rochemir et Antony Sorrentino.
- Le verdict est attendu ce vendredi 25 septembre après plusieurs semaines d’un procès marqué par la confrontation des expertises psychiatriques.
L’heure des réquisitions devant les assises de Paris

Le procès de l’assassinat de Federico Martín Aramburú est entré dans sa phase décisive ce mercredi 23 septembre. Devant la cour d’assises de Paris, l’avocat général, Philippe Courroye, a prononcé un réquisitoire implacable de plus de quatre heures, réclamant de lourdes peines à l’encontre des principaux accusés. Pour l’avocat général, la responsabilité pénale et morale des accusés est entière, excluant toute fatalité dans le déchaînement de violence qui a coûté la vie à l’ancien international de rugby. Face aux jurés, le magistrat a requis vingt-sept ans de réclusion criminelle, assortis d’un suivi sociojudiciaire de six ans, contre Loïk Le Priol, principal accusé d’assassinat. À ses côtés dans le box, Romain Bouvier, poursuivi pour tentative d’assassinat, fait face à une réquisition de vingt ans de prison. Dans la salle d’audience, l’émotion était palpable. Pour la première fois, la fille aînée de Federico Martín Aramburú, âgée de dix ans au moment des faits survenus il y a quatre ans, s’est assise aux côtés de sa mère, Maria. Elle a pu observer les visages marqués par la honte des deux hommes accusés d’avoir abattu son père sur un trottoir parisien.
Une « chasse à l’homme » méthodique sur le boulevard Saint-Germain
Le drame s’est noué le 19 mars 2022 dans le cœur de la capitale française, à la suite d’une altercation verbale puis physique à la terrasse de la brasserie Le Mabillon. L’avocat général a patiemment reconstitué le fil de cette nuit tragique, insistant sur le fait que les accusés disposaient de multiples occasions de s’arrêter. La préméditation doit être retenue selon l’accusation, qui décrit une véritable traque urbaine menée contre l’ancien joueur de rugby argentin. Après une première bagarre, Loïk Le Priol et Romain Bouvier ont en effet rattrapé Federico Martín Aramburú sur le boulevard Saint-Germain pour faire usage de leurs armes à feu. Philippe Courroye a réfuté la thèse d’un simple accident ou d’une réaction impulsive, martelant que chaque étape de cette dérive violente relevait d’un choix délibéré. Pour le parquet, l’analyse des images de vidéosurveillance diffusées durant l’audience démontre sans ambiguïté une exécution froide, loin de la simple rixe qui a dégénéré.
Les trajectoires dévoyées de Loïk Le Priol et Romain Bouvier
Au cœur des débats judiciaires figure la personnalité complexe des deux hommes, qualifiés de « tandem maléfique » par l’accusation. Tous deux partageaient une fascination commune pour les armes et s’étaient rencontrés au sein du Groupe union défense (GUD), une organisation étudiante de la droite nationaliste. Le parcours des accusés illustre, selon le ministère public, un choix conscient de la violence, nourri par des codes esthétiques et idéologiques radicaux. Loïk Le Priol, ancien militaire de marine, a tenté durant le procès de justifier son comportement par un état de stress post-traumatique lié à ses années de service opérationnel. Cette ligne de défense a toutefois été balayée par l’avocat général. S’appuyant sur les expertises des psychiatres Isabelle Teillet et Roland Coutanceau, qui ont écarté toute altération du discernement, le magistrat a rejeté l’analyse du docteur Daniel Zagury qui penchait pour une altération légère. De son côté, Romain Bouvier a tenté de minimiser ses actes en plaidant la simple violence volontaire avec arme, une infraction passible de cinq ans de prison, tout en évoquant une forme de virilité déplacée pour expliquer son attitude.
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Des complicités actives dans la fuite et la dissimulation des preuves
Le réquisitoire n’a pas épargné les complices présumés qui ont gravité autour du duo principal durant et après les faits. Lyson Rochemir, ancienne compagne de Loïk Le Priol, comparaissait pour avoir conduit Romain Bouvier à bord d’une Jeep jusqu’au lieu de l’affrontement, avant d’effacer des preuves matérielles, notamment en faisant disparaître le téléphone et la carte SIM de son compagnon, et en dissimulant le véhicule. Des peines de prison ferme ont été requises contre les complices ayant facilité la fuite des tireurs et la destruction d’indices clés. Philippe Courroye a demandé trois ans d’emprisonnement, dont un an ferme, à son encontre, tout en écartant la complicité de tentative d’assassinat en raison d’éléments jugés insuffisants. Une peine identique de trois ans de prison, dont un au ferme, a été requise contre Antony Sorrentino. Qualifié ironiquement de « bon samaritain » par l’accusation, ce dernier a activement aidé Romain Bouvier dans sa cavale, l’aidant notamment à se débarrasser de ses vêtements et de son arme.
Le verdict attendu face au deuil d’une famille
Le procès s’apprête désormais à livrer son épilogue après des semaines de débats intenses et douloureux pour les proches de la victime. Federico Martín Aramburú, décrit par le magistrat comme un homme « solaire », « souriant » et profondément « juste », laisse derrière lui une famille meurtrie qui attend que la justice de notre pays passe. Le verdict de la cour d’assises de Paris, attendu ce vendredi 25 septembre, devra sceller le degré de responsabilité pénale des accusés dans ce drame national. Pour les jurés parisiens, la décision finale consistera à arbitrer entre les qualifications d’assassinat et de tentative d’assassinat soutenues par le parquet, et les stratégies de défense visant à requalifier les faits en violences volontaires. Au-delà des peines de prison requises, c’est la reconnaissance de la gravité absolue de cet acte qui est attendue par les parties civiles, afin de clore ce chapitre judiciaire sous le signe de la vérité.