- Des firmes d’intelligence artificielle, notamment basées en Amérique du Nord, acquièrent massivement des livres d’occasion ou invendus sur le marché européen.
- Après avoir été numérisés industriellement pour entraîner des modèles de langage, ces ouvrages physiques seraient détruits afin d’invoquer le principe de « fair use » américain.
- La pratique, repérée en Allemagne et en Espagne, cible principalement des essais à faible valeur marchande parus depuis 1970.
- Des précédents similaires, à l’image du projet mené par l’entreprise Anthropic, avaient déjà suscité d’importants litiges financiers.
Des achats massifs et automatisés en Europe
Plusieurs enquêtes de médias européens, initiées par la Radio Télévision Suisse (RTS), révèlent une stratégie d’acquisition de livres physiques par des acteurs du secteur technologique américain. En Allemagne et en Espagne, des libraires spécialisés ont constaté un afflux soudain de commandes groupées, passées au milieu de la nuit via des processus algorithmiques. Une entreprise canadienne, Zoom Books, cible particulièrement des ouvrages à faible valeur marchande, publiés depuis 1970 et stockés de longue date, traitant de sujets académiques tels que la linguistique, l’histoire ou le droit. En Espagne, un autre libraire d’occasion a ainsi enregistré 3 000 commandes émanant d’une firme de la Silicon Valley. Ce phénomène d’achat automatisé, qualifié de « pillage » par certains professionnels, s’étend également à d’autres pays comme la Bulgarie, la Grande-Bretagne et l’Australie.
Le recours à la numérisation et à la destruction physique
L’objectif de ces transactions à bas coût réside dans l’entraînement des grands modèles de langage. Les volumes achetés sont envoyés vers des centres logistiques outre-Atlantique pour y être numérisés. Selon les enquêtes menées par la chaîne helvétique SRF et le quotidien espagnol ElDiario, ces livres physiques sont ensuite détruits. Si la société Zoom Books dément avoir recours à la destruction, des experts indiquent que cette pratique est privilégiée pour des raisons juridiques. La destruction matérielle de l’ouvrage après sa numérisation permettrait de justifier l’usage du principe américain du « fair use » (usage équitable). Cette doctrine autorise l’exploitation de contenus protégés sans l’accord explicite des auteurs, mais requiert, selon un libraire interrogé, la possession physique puis la destruction du volume après sa lecture automatisée.
La confirmation de pratiques industrielles antérieures
Cette méthode n’est pas inédite dans le paysage de la tech américaine. Le quotidien Washington Post avait précédemment révélé une opération d’envergure baptisée « Panama Project », menée par la start-up d’intelligence artificielle Anthropic. Ce programme prévoyait le scan industriel de centaines de milliers de livres physiques. Bien qu’Anthropic ait accepté de verser 1,5 milliard de dollars pour clore les litiges en août, la levée du secret sur des pièces judiciaires début 2026 a mis en lumière l’ampleur de ces numérisations de masse. Ces révélations accentuent l’inquiétude des libraires et des ayants droit face à ce qui est perçu comme un accaparement massif du patrimoine littéraire mondial au profit de géants technologiques.
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Article rédigé par La Revue à partir de sources d’actualité.