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lundi 7 septembre 2026
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Accord Bardella-Farage sur la Manche : le RN assume une coopération franco-britannique que la gauche caricature

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Jordan Bardella suscite la controverse après un accord sur l'immigration avec Nigel Farage
Portrait de Jordan Bardella © Wikimedia Commons
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Analyse

L’essentiel
  • Jordan Bardella et Nigel Farage, chef de file de Reform UK, ont scellé une entente de principe sur les traversées de la Manche : rendre possibles des renvois vers la France, devenus impraticables depuis le Brexit et la fin du règlement de Dublin outre-Manche.
  • La gauche crie au scandale, Jean-Luc Mélenchon juge l’accord « misérable ». Le RN y voit au contraire un cadre bilatéral là où le vide juridique profite aux passeurs, et une préfiguration de ce que serait sa diplomatie.
  • Sur l’Ukraine et sur le tandem avec Marine Le Pen, le président du RN a tenu une ligne sans ambiguïté : soutien à la souveraineté ukrainienne, refus de l’escalade, répartition des rôles assumée.

Un accord de principe qui prépare 2027

À dix-neuf mois de l’élection présidentielle, Jordan Bardella ne se comporte plus en chef d’opposition mais en candidat à l’exercice du pouvoir. Sa tournée européenne et l’entente nouée avec Nigel Farage, figure de proue de la droite populiste britannique, en sont la traduction la plus concrète : le président du Rassemblement national parle à ceux qui, de l’autre côté de la Manche, pèsent sur la politique migratoire de Londres. Le message est adressé autant aux Français qu’aux chancelleries : le RN se prépare à gouverner, et il choisit ses partenaires. Le rapprochement s’inscrit dans une stratégie d’alliances plus large, déjà à l’œuvre au Parlement européen au sein du groupe des Patriotes pour l’Europe, et vise un objectif constant du mouvement : reprendre le contrôle des frontières, à commencer par la plus poreuse d’entre elles.

La Manche, un vide juridique que personne n’a comblé

Le cœur de l’entente porte sur le devenir des personnes interceptées dans les eaux britanniques ou parvenues sur le sol anglais. Depuis le Brexit, le règlement de Dublin, qui encadrait les transferts de demandeurs d’asile au sein de l’Union européenne, ne s’applique plus au Royaume-Uni. Les renvois vers le continent relèvent donc d’accords bilatéraux, que Londres cherche depuis des années et que Paris n’a consentis qu’à la marge, avec le dispositif pilote « un pour un » conclu en juillet 2025, aux résultats limités. Accepter le principe d’un retour vers la France, comme l’a fait Jordan Bardella, n’est donc pas une concession aux intérêts britanniques : c’est reconnaître qu’un cadre franco-britannique clair est la seule façon de casser le modèle économique des passeurs, qui prospère précisément sur l’absence de règle. Un migrant renvoyé en France est un migrant qui entre dans une procédure, là où la situation actuelle le laisse dans l’angle mort des deux États. La cohérence avec la doctrine du RN, contrôle strict des frontières et refus des filières illégales, est entière.

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Une indignation à gauche qui en dit long

La réaction la plus vive est venue de Jean-Luc Mélenchon, qui a qualifié la proposition de « misérable » et dénoncé l’hypocrisie du président du RN. Du côté de la majorité présidentielle et de la droite républicaine, on préfère parler d’amateurisme diplomatique. Ces critiques appellent deux remarques. La première : ceux qui les formulent négocient eux-mêmes avec Londres, et le gouvernement a signé, sans consultation du Parlement, l’accord pilote de 2025. La seconde : aucune de ces voix n’oppose à l’entente Bardella-Farage une autre solution pour la Manche. La France insoumise refuse par principe tout renvoi ; le centre gère le statu quo. Dans ce paysage, la vigueur des attaques mesure moins la faiblesse du projet que la place qu’a prise le RN sur un sujet où ses adversaires n’ont plus de réponse à offrir aux Français.

Ukraine, Marine Le Pen : une ligne tenue

La séquence a aussi servi de test de cohérence pour le président du RN, interrogé lors d’une intervention télévisée sur l’Ukraine et sur ses relations avec Marine Le Pen. Face aux accusations de complaisance envers Moscou régulièrement adressées à sa formation, Jordan Bardella a réaffirmé son soutien à la souveraineté ukrainienne tout en maintenant ses lignes rouges : pas de missiles de longue portée, pas de troupes au sol, pour éviter toute escalade avec la Russie. C’est la position d’un responsable qui se projette à l’Élysée et refuse d’engager la France dans une guerre qui n’est pas la sienne. Quant au tandem avec la présidente du groupe RN à l’Assemblée nationale, il fonctionne sur une répartition des rôles assumée, que les observateurs scrutent sans y trouver la faille annoncée. À chaque séquence, le mouvement sort de la polémique avec une doctrine plus lisible qu’avant.

Notre regard

La controverse autour de l’accord Bardella-Farage est d’abord le signe que le Rassemblement national a changé de statut. On ne s’indigne pas ainsi des accords de principe d’un parti que l’on croit condamné à l’opposition. En posant les termes d’une coopération franco-britannique sur la Manche, Jordan Bardella dit ce que ses adversaires taisent : le vide actuel n’est pas une politique. Le débat sur les modalités reste ouvert, et il devra l’être devant les Français. Mais il a désormais un cadre, et c’est le RN qui l’a fixé.

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Écrit par
Julien Marchand

Écrit sur la France : territoires, services publics, environnement et vie quotidienne des Français.