- Le procès de Loïk Le Priol et de Romain Bouvier s’est ouvert ce lundi 7 septembre devant la cour d’assises de Paris.
- Les deux accusés, liés à la mouvance de la droite nationale, contestent toute intention de donner la mort lors du drame du 19 mars 2022.
- La famille de l’ancien international argentin réclame justice en arborant dignement le foulard rouge de Bayonne.
- Les audiences, qui s’étaleront sur trois semaines, devront trancher la question cruciale de la préméditation.
Un procès sous haute tension dans la salle Voltaire

L’enceinte de la salle Voltaire de la cour d’assises de Paris s’est transformée, ce lundi 7 septembre à 14 h 30, en un lieu empreint d’une lourde solennité. Sous une chaleur étouffante et devant une assistance particulièrement nombreuse composée de journalistes, de proches et de témoins, s’est ouvert le procès de deux militants de la droite nationale, anciens membres du Groupe union défense (GUD). L’émotion était palpable dès les premières minutes de l’audience, marquée par la dignité de la famille de la victime. Les proches de Federico Martín Aramburú sont en effet arrivés vêtus d’un foulard rouge noué autour du cou. Ce symbole fort, confectionné lors des Fêtes de Bayonne par l’entourage de l’ancien joueur du Biarritz Olympique, porte le surnom affectueux du défunt, « Fede », flanqué de son numéro 13 et des couleurs de l’Argentine. Face à cette image de mémoire, Maria Aramburu, la veuve du rugbyman international, n’a pu retenir ses larmes lors de la lecture des premières pièces de procédure, rappelant la douleur incommensurable laissée par ce drame survenu il y a un peu plus de quatre ans.
Retour sur l’engrenage dramatique du boulevard Saint-Germain
Pour comprendre la gravité des débats qui vont s’étendre sur une durée de trois semaines, il convient de retracer la chronologie de cette tragique nuit du 19 mars 2022. Une altercation d’une grande violence avait d’abord éclaté au sein de l’établissement Le Mabillon, situé sur le boulevard Saint-Germain à Paris, opposant Loïk Le Priol et Romain Bouvier à Federico Martín Aramburú et son associé, l’ancien joueur Shaun Hegarty. Alors que la bagarre semblait terminée, les deux accusés, qui faisaient alors l’objet d’un contrôle judiciaire et étaient porteurs d’armes de poing, ont manifestement cherché à retrouver leurs opposants. Selon les conclusions de l’instruction judiciaire, les tirs qui ont suivi sur la voie publique caractérisent une intention homicide préméditée. Quelques minutes après la première rixe, les deux anciens rugbymen ont été rattrapés, et les deux tireurs ont vidé le chargeur de leurs pistolets respectifs sur l’ancien international argentin, entraînant sa mort sur le coup malgré les tentatives de secours.
La ligne de défense de Romain Bouvier et Loïk Le Priol
Appelés à la barre pour exprimer leur position sur les charges qui pèsent contre eux, les deux principaux accusés ont adopté des stratégies distinctes mais concordantes sur le rejet de l’intention de donner la mort. Romain Bouvier, âgé de 35 ans, s’est exprimé le premier depuis le box des accusés. D’un ton mesuré et calme, vêtant un polo blanc, il a fermement contesté toute volonté homicide. L’accusé soutient avoir fait usage de son arme de poing uniquement dans un but de dissuasion. « Je n’ai jamais voulu le tuer, le blesser ou le toucher. Je reconnais avoir tiré quatre coups avec mon arme mais j’ai toujours visé par terre », a-t-il affirmé, tout en exprimant une pensée quotidienne pour la victime et son entourage. De son côté, Loïk Le Priol, ex-militaire de 32 ans au style soigné, a reconnu être l’auteur des tirs mortels mais invoque la légitime défense. S’exprimant d’une voix posée, il a déclaré avoir agi pour se défendre, tout en remettant la question de la préméditation à l’appréciation de la cour d’assises.
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Le rôle contesté des complices présumés
Au-delà des deux tireurs principaux, la cour d’assises de Paris doit également se pencher sur le rôle des personnes ayant gravité autour d’eux lors de cette nuit et de la fuite qui a suivi. Lyson Rochemir, la compagne de Loïk Le Priol au moment des faits, qui se trouvait au volant du véhicule ayant permis de rattraper les rugbymen, conteste fermement toute complicité de tentative d’assassinat. La fin de la première journée d’audience a également permis d’examiner le profil d’Antony Sorrentino, accusé d’avoir aidé à la fuite. Ce dernier a reconnu avoir prêté assistance à Romain Bouvier après le drame et s’être débarrassé de son arme. Son portrait brossé devant la cour montre un profil de jeune homme mû par des valeurs familiales traditionnelles, un attachement au travail et un sens de l’entraide amicale, se décrivant comme un catholique guidé par l’amour de son prochain, y compris dans les moments de dérive de ses proches.
Les enjeux d’une audience de trois semaines
Ce procès, qui doit s’achever le 28 septembre, repose sur l’analyse minutieuse des faits par un jury populaire composé de six citoyens tirés au sort, assistés de trois magistrats professionnels. Pour la famille de la victime et pour son associé Shaun Hegarty, l’enjeu majeur réside dans la réfutation de la thèse de la légitime défense, qualifiée d’inaudible par les parties civiles. La justice devra trancher la qualification d’assassinat et déterminer si la violence de cette nuit relève d’une préméditation froide. Les trois semaines de débats s’annoncent denses et éprouvantes pour l’ensemble des parties, dans un dossier où les tensions s’invitent inévitablement en raison du profil militant des accusés, mais où la vérité factuelle et le respect des règles de droit doivent demeurer les seuls guides de la décision de justice à venir.