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- Raphaël Glucksmann a remporté la primaire de la gauche socialiste dès le premier tour avec plus de 66 % des suffrages.
- L’article 4 de la Constitution du 4 octobre 1958 accorde une totale liberté aux partis pour déterminer le choix de leurs candidats.
- Apparues dans le débat politique dans les années 1990 sous l’inspiration du modèle américain, les primaires ont progressivement supplanté le « chef naturel ».
Une sélection sous influence américaine au détriment de l’esprit des institutions
Le scrutin destiné à désigner le candidat de la gauche socialiste et démocrate s’est soldé par la victoire nette de Raphaël Glucksmann. Le fondateur de Place publique l’a emporté dès le premier tour avec plus de 66 % des suffrages exprimés, s’imposant face à ses partenaires du Parti socialiste et de la Gauche républicaine et socialiste. Cette démarche illustre une nouvelle fois la place prise par les primaires dans le paysage politique national. Pourtant, ce mécanisme demeure une importation directe de la vie politique anglo-saxonne, en rupture singulière avec les principes fondateurs du régime de 1958. L’élection présidentielle sous la Ve République privilégiait historiquement la rencontre directe entre un homme et le peuple français, affranchie des querelles d’appareils et des arcanes partisanes.
Le cadre constitutionnel et l’autonomie laissée aux états-majors
Contrairement à une idée répandue, l’organisation de consultations préliminaires, qu’elles soient ouvertes ou réservées, ne répond à aucune obligation réglementaire en France. Le texte fondamental laisse une entière latitude aux organisations politiques pour structurer la désignation de leurs têtes d’affiche. L’article 4 de la Constitution de 1958 précise en effet que « les partis et groupements politiques concourent à l’expression du suffrage », tout en soulignant qu’ils « se forment et exercent leur activité librement ». Si l’article 4 de la Constitution laisse aux formations la pleine liberté de fixer leurs règles internes, l’émergence des primaires a profondément modifié les équilibres partisans. Cette autonomie juridique permet à chaque formation de fixer ses conditions d’accès, qu’il s’agisse de restreindre le vote aux seuls adhérents à jour de cotisation ou d’élargir le corps électoral aux simples sympathisants.
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L’érosion progressive de la figure du « chef naturel »
Pendant de longues décennies, le premier responsable d’un parti s’imposait naturellement comme l’incarnation légitime pour conquérir l’Élysée. Au Parti socialiste, les textes statutaires prévoyaient pourtant la possibilité d’une primaire dès 1971 en vue des échéances de 1974, 1981 et 1988. Comme l’explique le politologue Rémi Lefebvre, professeur à l’université de Lille, l’évidence de la candidature de François Mitterrand était telle qu’aucun recours à ce mécanisme n’avait été nécessaire. L’affaiblissement progressif de l’autorité centrale des chefs de parti a toutefois modifié ces usages. À droite, les revers électoraux de Jacques Chirac à la fin des années 1980 avaient incité l’Union pour la France (UPF) à adopter une charte des primaires dès juin 1991. L’universitaire Florence Haegel rappelle également qu’un projet de loi officieux avait été élaboré sous la houlette de Charles Pasqua en juillet 1994 au sein de l’Association des primaires à la française. L’effritement du leadership naturel au sein de la droite après les échecs de Jacques Chirac avait poussé dès 1991 à envisager des primaires sans les concrétiser immédiatement.
Des Républicains aux partis de gauche : les limites d’un exercice de division
Après les tentatives pionnières de la gauche, la droite parlementaire a elle-même cédé à ce modèle en organisant la primaire ouverte de la droite et du centre sous la bannière des Républicains en 2016. Si le procédé prétend offrir une légitimité démocratique élargie, ses conséquences politiques s’avèrent bien souvent destructrices pour la cohésion des familles politiques. En important un modèle dominé par le spectacle télévisuel et les affrontements d’égos, les formations s’exposent à des fractures internes durables. Les débats de fond sur la souveraineté et l’action de l’État s’effacent trop souvent devant la mise en scène des rivalités individuelles. La généralisation des consultations ouvertes tend à substituer la communication médiatique et la guerre des clans à l’autorité morale du chef de parti. En remettant le choix du candidat à un électorat volatile, les états-majors affaiblissent l’autorité indispensable à l’exercice du pouvoir d’État.