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- La part des femmes à l’Assemblée nationale s’établit à 36,1 % à l’issue des élections de 2024, confirmant une baisse de leur représentation depuis sept ans.
- À l’inverse, le Sénat enregistre une progression continue avec un taux de féminisation atteignant 39 % d’élues en 2026.
- Dans les assemblées locales, la parité se maintient avec 40 % de femmes chez les conseillers municipaux et 50 % au niveau départemental et régional.
Un bilan contrasté au sein des deux chambres du Parlement

La physionomie des assemblées parlementaires françaises connaît des trajectoires divergentes en matière de représentativité. Selon les dernières données officielles du ministère de l’Intérieur, la part des femmes siégeant au Palais-Bourbon s’établit à 36,1 % à la suite du scrutin législatif de juin 2024. Ce chiffre marque une nette inflexion par rapport aux années précédentes, confirmant une baisse déjà amorcée lors du renouvellement de 2022, où la proportion s’élevait à 37,3 %. En l’espace de sept ans, la Chambre basse a ainsi perdu près de 2,7 points de présence féminine, s’éloignant de son sommet historique de 2017. À l’inverse, le Palais du Luxembourg affiche une dynamique diamétralement opposée : la part des sénatrices poursuit sa progression constante pour atteindre le taux sans précédent de 39 % en 2026, dépassant désormais légèrement celle de l’Assemblée nationale. Ce reflux de la représentation féminine à la Chambre basse rompt avec la dynamique de féminisation observée depuis le début du siècle.
L’évolution historique : d’une présence marginale à l’essor des années 2000
Pour mesurer la portée de ces fluctuations, il convient de se replonger dans l’histoire de la Ve République. Durant près de trois décennies, l’hémicycle de l’Assemblée nationale est resté un univers quasi exclusivement masculin. En 1967, les femmes ne représentaient que 1,9 % des députés, un taux qui s’est même tassé à 1,7 % lors des législatives de 1968 et de 1973. Une première ouverture s’est dessinée en 1978 avec l’élection de 4 % de députées, franchissant ensuite le cap des 5,5 % en 1981. Néanmoins, cette présence est restée bloquée sous la barre des 6 % pendant toute la décennie suivante, s’élevant à seulement 5,9 % en 1993. C’est le scrutin de 1997 qui a marqué une véritable rupture historique, faisant doubler cette part pour atteindre 10,8 %, avant une progression régulière : 12,1 % en 2002, 18,5 % en 2007, 26,9 % en 2012, pour culminer à 38,8 % en 2017. L’histoire parlementaire montre que la présence des femmes au Palais-Bourbon a longtemps stagné sous le seuil de 6 % avant l’essor des années 2000.
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Le rôle déterminant des modes de scrutin et de la territorialisation
Cette divergence profonde entre l’Assemblée nationale et les autres instances nationales ou locales s’explique principalement par les règles électorales en vigueur. Au niveau local, la parité bénéficie de mécanismes contraignants liés au mode de scrutin de liste. Les femmes représentent aujourd’hui 40 % des conseillers municipaux et atteignent une égalité de 50 % au sein des conseils régionaux et départementaux, où la loi impose l’alternance stricte entre candidats de chaque sexe. Au Sénat, l’introduction de la proportionnelle dans de nombreux départements a également favorisé la montée en puissance des femmes. À l’Assemblée nationale, en revanche, le scrutin uninominal à deux tours par circonscription laisse une plus grande latitude aux formations politiques, qui doivent composer avec des réalités de terrain et des logiques de candidatures locales parfois complexes à équilibrer. La divergence de trajectoire entre les institutions découle directement des règles électorales, le scrutin de liste facilitant mécaniquement l’atteinte d’un équilibre paritaire.
La recomposition politique et la question des critères de sélection
Le recul constaté au Palais-Bourbon coïncide également avec les bouleversements de la carte politique nationale lors des élections législatives de juin 2024. La poussée électorale du Rassemblement national, qui a considérablement renforcé ses effectifs parlementaires, a eu une influence directe sur la moyenne globale de féminisation de l’hémicycle, le parti de droite nationale affichant la proportion d’élues la plus faible de la Chambre basse. Pour les tenants d’une vision souverainiste et conservatrice, cette situation traduit une philosophie politique centrée sur la reconnaissance du mérite individuel, de l’engagement militant de terrain et de l’implantation locale, plutôt que sur la soumission à des logiques de quotas ou de parité imposée d’en haut. Cette approche privilégie ainsi le choix des électeurs et la compétence des profils, estimant que la légitimité démocratique doit primer sur l’ingénierie sociale ou la représentativité statistique. Le développement de la droite nationale dans l’hémicycle s’accompagne d’une sociologie d’élus axée sur la souveraineté du suffrage et l’enracinement local des candidats.
Les échelons locaux comme garants de la stabilité politique
Malgré le fléchissement observé à l’Assemblée nationale, le paysage politique français dans son ensemble témoigne d’un ancrage solide des femmes dans la gestion des affaires publiques, en particulier au niveau local. Les mairies, les départements et les régions forment aujourd’hui un vivier de cadres politiques aguerris. Avec 40 % de conseillères municipales et une égalité parfaite de 50 % dans les conseils régionaux et départementaux, la relève politique dispose d’une assise solide. Ces figures locales, quotidiennement confrontées aux réalités concrètes des territoires et des services publics, acquièrent une expérience précieuse qui pourrait, à terme, redessiner l’équilibre des futures investitures nationales. Loin des débats idéologiques parisiens, c’est bien au cœur des territoires que se construit la légitimité républicaine de demain. À l’échelle locale, la présence féminine dans les mandats de proximité constitue un gage de stabilité et un vivier de compétences indispensables pour l’avenir des institutions.