- Le Premier ministre algérien, Sifi Ghrieb, s’est rendu à Bamako le 14 septembre 2026 pour relancer les relations bilatérales avec le Mali.
- Ce rapprochement diplomatique fait suite à l’atterrissage marquant d’aéronefs militaires algériens au Niger le 30 août 2026.
- Pour Alger, l’enjeu majeur réside dans la stabilisation de l’Alliance des États du Sahel (AES) afin de prémunir ses frontières de toute contagion sécuritaire.
Le retour pragmatique d’Alger à Bamako

Le lundi 14 septembre 2026, le Premier ministre algérien Sifi Ghrieb a effectué une visite officielle d’importance majeure à Bamako, où il a été accueilli par son homologue malien Abdoulaye Maïga. Ce déplacement officiel de haut niveau au Mali symbolise la volonté mutuelle de tourner définitivement la page d’une longue période de vives tensions diplomatiques entre les deux nations voisines. En choisissant résolument la voie du pragmatisme politique, le gouvernement d’Alger tente activement de restaurer une influence géopolitique grandement bousculée au sein de son espace sahélien traditionnel. Pour l’Algérie, puissance souveraine de l’Afrique du Nord, l’instabilité chronique qui frappe le Mali ne peut plus être gérée par une posture d’isolement ou de récriminations stériles. Cette visite à Bamako marque ainsi le point de départ d’une normalisation bilatérale essentielle, jugée cruciale par les deux états-majors pour faire face aux menaces asymétriques communes.
L’axe Alger-Niamey consolidé par des gestes militaires forts
L’effort de réengagement algérien ne s’arrête pas aux frontières maliennes et s’étend désormais de manière stratégique vers le Niger, un autre acteur incontournable de l’Alliance des États du Sahel (AES). Le 30 août 2026, l’arrivée d’aéronefs militaires appartenant aux forces armées algériennes sur le sol nigérien a constitué un événement marquant, envoyant un signal politique d’une grande puissance à l’ensemble des capitales régionales. Cette projection de vecteurs aériens militaires algériens au Niger matérialise une volonté de coopération opérationnelle directe avec les autorités de Niamey. Selon les analyses de Luis Martinez, directeur de recherches au Centre de recherches internationales (Ceri), cet événement témoigne d’une rupture nette avec la méfiance historique réciproque. Face au fléau du terrorisme islamiste et à la prolifération des réseaux de criminalité transnationale, Alger prend conscience que la défense passive de ses frontières nécessite une présence active et coordonnée.
L’adaptation nécessaire face à l’Alliance des États du Sahel
La création de l’Alliance des États du Sahel (AES), unissant le destin du Mali, du Niger et du Burkina Faso sous la direction de régimes militaires nationalistes, a profondément bousculé l’architecture sécuritaire héritée des décennies précédentes. Longtemps crispée sur la défense de l’Accord d’Alger signé en 2015 · un cadre d’entente désormais considéré comme obsolète par les nouvelles autorités de Bamako ·, la diplomatie de la République algérienne a d’abord dû opérer une révision complète de sa doctrine d’action régionale. La prise en compte pragmatique de la légitimité de fait des pays de l’AES par le pouvoir algérien démontre une capacité d’adaptation géopolitique face au déclin de l’influence occidentale. En choisissant de traiter directement avec ces nouveaux régimes militaires soucieux de leur souveraineté nationale, l’Algérie tente de s’imposer à nouveau comme le pivot incontournable de la sécurité régionale.
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La sécurisation des frontières, priorité absolue d’une diplomatie souverainiste
Pour l’État algérien, le contrôle rigoureux et la stabilisation de sa gigantesque frontière méridionale de près de 1 400 kilomètres partagée avec le Mali constituent des priorités absolues de sécurité nationale. La porosité de cette frontière désertique favorise les flux migratoires incontrôlés, les trafics transfrontaliers et les infiltrations d’éléments terroristes lourdement armés. La préservation de l’intégrité territoriale de l’Algérie passe nécessairement par un partenariat sécuritaire robuste et apaisé avec les forces qui exercent la plénitude du pouvoir au Sahel. Un effondrement prolongé de l’autorité étatique chez ses voisins du Sud exposerait immédiatement les provinces méridionales algériennes à un risque d’embrasement. C’est cette Realpolitik froide qui pousse aujourd’hui Alger à privilégier l’ordre étatique et la concertation militaire directe avec ses voisins immédiats.
Quels enjeux pour l’équilibre géopolitique régional ?
Cette reprise en main diplomatique par Alger intervient dans un contexte global de reconfiguration géostratégique majeure dans la bande saharienne, marquée par le repli des forces militaires occidentales. En s’affirmant comme le médiateur naturel et le rempart contre l’instabilité régionale, l’Algérie espère fermement prévenir la transformation du Sahel en un sanctuaire terroriste incontrôlable. La réussite de ce dialogue de sécurité renouvelé entre l’Algérie et l’AES pourrait préfigurer l’émergence d’une solution de sécurité purement régionale et souveraine, libérée des tutelles extérieures. Pour les observateurs européens, cette évolution montre que la gestion des crises migratoires et sécuritaires aux portes de l’Europe dépendra de plus en plus de la capacité des puissances régionales souverainistes à stabiliser leurs propres périphéries par des alliances bilatérales pragmatiques.