- La visite officielle du dirigeant vietnamien Tô Lâm scelle l’accélération du Partenariat stratégique global entre Paris et Hanoï.
- L’ancien ambassadeur de France au Vietnam, Serge Degallaix, exhorte à traduire cette entente diplomatique en projets industriels d’envergure.
- Avec plus de 100 millions d’habitants, le Vietnam représente un partenaire clé pour les exportations françaises dans l’énergie, l’aérospatial et la défense.
- L’accord de libre-échange EVFTA, en vigueur depuis 2020, sert de levier pour renforcer les échanges bilatéraux face aux tensions globales.
Une diplomatie de haut niveau qui cherche ses débouchés industriels

La récente visite officielle en France de Tô Lâm, secrétaire général du Parti et président de la République socialiste du Vietnam, marque un tournant significatif dans les relations bilatérales entre Paris et Hanoï. Alors que les deux pays célèbrent le renforcement de leur accord vers un « Partenariat stratégique global », la diplomatie française se trouve face à un défi de taille : transformer une indéniable proximité politique en réussites économiques tangibles. L’ancien ambassadeur de France au Vietnam, Serge Degallaix, souligne que la confiance politique mutuelle, consolidée par de multiples visites de haut niveau depuis le début de l’année 2024, doit désormais servir de tremplin à des investissements concrets. Pour la France, l’enjeu consiste à dépasser le cadre des déclarations d’intention pour ancrer sa présence industrielle dans l’une des zones les plus dynamiques du globe. Cette volonté partagée témoigne d’une maturité nouvelle, fondée sur le respect de la souveraineté de chaque nation et la reconnaissance d’intérêts géopolitiques communs.
Le Vietnam, un marché souverain de 100 millions d’habitants
Le Vietnam d’aujourd’hui n’a plus rien d’une économie en transition ; il s’affirme comme un acteur industriel incontournable en Asie du Sud-Est. Fort d’une population qui dépasse désormais les 100 millions d’habitants, le pays affiche une croissance robuste et une intégration poussée dans les chaînes de valeur mondiales. Hanoï mène une politique pragmatique de diversification de ses partenariats extérieurs pour préserver son autonomie stratégique face aux géants régionaux. Cette ambition technologique et industrielle vietnamienne offre des débouchés naturels pour le savoir-faire des entreprises françaises. Jusqu’à présent, les relations commerciales bilatérales, bien que stables, restaient en deçà du potentiel réel des deux puissances. Le moment est donc venu pour les acteurs économiques français de se positionner face à la demande croissante d’un État soucieux de moderniser ses infrastructures sans s’aliéner à un unique fournisseur étranger.
Des secteurs stratégiques alignés sur nos intérêts nationaux
Afin de concrétiser cette dynamique, l’ancien diplomate français préconise une approche ciblée : sélectionner quelques grands projets d’envergure, mobiliser les canaux de financement et assurer un suivi rigoureux au plus haut niveau de l’État. Les besoins vietnamiens correspondent précisément aux domaines d’excellence de l’industrie française. Qu’il s’agisse de la transition énergétique, des infrastructures de transport, de l’aérospatial, du numérique ou de l’intelligence artificielle, la France dispose d’atouts compétitifs majeurs. La coopération en matière de défense et de sécurité maritime s’impose également comme un pilier essentiel de ce rapprochement stratégique. En protégeant les voies de communication maritimes en mer de Chine méridionale, la France réaffirme son rôle de puissance d’équilibre dans l’Indo-Pacifique, tout en soutenant l’autonomie stratégique de ses partenaires asiatiques.
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L’Indo-Pacifique au cœur du dialogue entre puissances
Le rapprochement entre Paris et Hanoï s’inscrit dans un contexte géopolitique global marqué par la confrontation sino-américaine. Face à cette bipolarisation du monde, la France et le Vietnam partagent la même volonté de préserver leur liberté d’action par la diversification de leurs alliances. La France, pilier de l’Union européenne, et le Vietnam, force motrice de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN), facilitent ainsi le dialogue entre ces deux grands blocs régionaux. L’Accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Vietnam (EVFTA), entré en vigueur en 2020, constitue un outil juridique précieux pour accélérer cette intégration. Ce cadre permet d’envisager des échanges commerciaux fondés sur la réciprocité et la protection des intérêts nationaux, loin des logiques de dépendance économique asymétrique.
Bâtir l’avenir sans renier l’histoire commune
Enfin, la relation bilatérale franco-vietnamienne se distingue par une profondeur historique singulière. Pour Serge Degallaix, ce passé partagé doit être appréhendé comme un point d’appui pour l’avenir, et non comme un centre de gravité figé. Les priorités futures doivent s’articuler autour de trois axes fondamentaux : l’économie et les grands chantiers industriels, la formation des ressources humaines par des partenariats universitaires accrus, et le dialogue stratégique sur les grands équilibres internationaux. Le succès de la visite du président Tô Lâm confirme la solidité de ce lien historique mis au service d’ambitions contemporaines. En unissant leurs forces, la France et le Vietnam démontrent que le respect mutuel des souverainetés reste la clé de voûte des relations internationales modernes.