- L’Assemblée générale de l’ONU a adopté une résolution d’envergure pour promouvoir la projection cartographique « Equal Earth » au détriment de la traditionnelle projection de Mercator.
- Porté par le Togo et l’Union africaine, et co-parrainé par la France, le texte a été approuvé par 164 voix contre une (les États-Unis) et six abstentions.
- La nouvelle cartographie corrige les distorsions géographiques historiques, rétablissant la taille réelle de l’Afrique, quatorze fois plus grande que le Groenland.
Une révolution cartographique à l’Assemblée générale des Nations unies

Le vendredi 4 septembre 2026 restera comme une date marquante pour l’institution onusienne. L’Assemblée générale de l’ONU a officiellement adopté une résolution visant à réformer la représentation cartographique mondiale. Ce texte, qui propose d’abandonner progressivement les cartes traditionnelles au profit de représentations plus fidèles à la réalité géographique, a été approuvé à une écrasante majorité. Porté avec force par le Togo et l’Union africaine, le projet a également bénéficié du co-parrainage actif de la France. Lors du scrutin, la résolution a recueilli 164 votes favorables, face à une unique voix contre · celle des États-Unis · et six abstentions. L’objectif affiché par cette initiative est d’encourager l’utilisation de la projection de type « Equal Earth » au sein des organisations internationales, des administrations publiques et des établissements d’enseignement à travers le monde. Cette décision marque un tournant géopolitique majeur dans la manière dont l’humanité appréhende et se représente l’espace terrestre.
La fin du monopole de la projection de Mercator
Au cœur de cette réforme se trouve la remise en cause d’un modèle vieux de plusieurs siècles : la projection de Mercator. Conçue par le géographe flamand Gerardus Mercator, né en Flandres en 1512, cette carte présente une distorsion majeure issue de sa conception d’origine destinée à la navigation maritime. Elle agrandit de manière disproportionnée les territoires situés aux hautes latitudes, près des pôles, tout en rétrécissant considérablement les régions équatoriales. L’exemple le plus saisissant de cette anomalie concerne le Groenland et l’Afrique : sur les planisphères traditionnels, les deux territoires semblent avoir une superficie équivalente, alors qu’en réalité, le continent africain est environ quatorze fois plus vaste. Les promoteurs de la résolution soulignent que cette déformation technique a fini par façonner une perception biaisée de la géographie globale, minimisant l’importance territoriale de l’Afrique, de l’Amérique latine et de l’Asie du Sud. La déformation de la projection de Mercator a ainsi contribué à ancrer dans les esprits une vision asymétrique de la planète au détriment du Sud.
Le combat pour la « justice cognitive » et la dignité des peuples
Pour les porteurs de cette résolution, le sujet dépasse largement le cadre technique et de la géographie pure pour toucher à la politique internationale et à la mémoire historique. Le ministre togolais des Affaires étrangères, Robert Dussey, s’est exprimé avec clarté sur cette dimension éthique. Selon lui, les biais géographiques répétés de génération en génération ont une influence concrète sur nos perceptions collectives et notre psychologie commune. Le chef de la diplomatie togolaise a ainsi plaidé pour une démarche de « justice cognitive », visant à restaurer la dignité des peuples et à lutter contre les représentations héritées du passé. Robert Dussey a toutefois tenu à préciser que cette démarche n’avait pas pour but de cibler une nation ou une tradition en particulier, mais qu’elle répondait à une ambition universelle de rigueur scientifique et de respect de la vérité historique. Pour le Togo et l’Union africaine, cette réforme cartographique est avant tout un enjeu de dignité et de décolonisation des esprits.
À lire aussi Climat : l’ONU alerte sur un phénomène El Niño d’une intensité historique
L’isolement américain et le ralliement de la France
Le vote a mis en lumière une fracture diplomatique notable, caractérisée par l’isolement singulier de Washington. Si l’Europe, la Chine ou la Russie voient leur superficie théorique réduite sur les nouvelles représentations « Equal Earth », seule la diplomatie américaine a choisi de voter contre le texte. À l’opposé, la France s’est positionnée en pointe sur ce dossier en annonçant officiellement l’abandon du planisphère de Mercator au profit de la nouvelle projection. Lors d’une allocution solennelle prononcée à l’université de la Sorbonne, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a soutenu avec force cette transition cartographique. Le ministre a rappelé que si le fait de modifier une carte ne transformait pas physiquement le globe, corriger une représentation déformante constituait un pas essentiel vers la vérité historique et politique. En s’opposant seule à cette résolution, Washington se retrouve isolée face à un consensus mondial quasi unanime sur la nécessité de vérité géographique.
Une bataille culturelle et géopolitique globale
Au-delà de l’exactitude des tracés, la France voit dans cette réforme un outil d’influence et de clarification du débat international. Pour Jean-Noël Barrot, cette évolution s’inscrit pleinement dans la stratégie diplomatique de Paris, qui cherche à contrer les récits géopolitiques jugés trop simplificateurs. Le ministre a dénoncé les visions binaires opposant de manière artificielle un « prétendu Sud global » à un « Occident collectif », tout comme les théories d’une Europe inéluctablement condamnée au déclin. En promouvant des cartes plus conformes à la réalité, la diplomatie française espère favoriser une perception plus nuancée des rapports de force mondiaux. Cette bataille de l’image montre que la géographie reste un instrument de pouvoir symbolique de premier ordre dans les relations contemporaines. Pour la diplomatie française, la rectification des cartes s’inscrit dans une lutte d’idées indispensable contre les visions simplifiées du monde contemporain.