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dimanche 8 novembre 2026
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Transmission d’entreprises : un défi majeur pour la souveraineté économique et le capital français

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Transmission d'entreprises : un défi majeur pour la souveraineté économique et le capital français
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L’essentiel
  • Près de 370 000 TPE, PME et ETI devront être transmises en France d’ici 2030, menaçant près de 3 millions d’emplois.
  • Seules 130 000 transmissions seraient effectivement réalisées au rythme actuel, selon les données de Bpifrance Le Lab.
  • Les femmes portent 36 % des projets de reprise, mais 53 % d’entre elles font part de difficultés de négociation et de financement.
  • Les expertes Jessica Matoua David et Typhaine Lebègue plaident pour un élargissement du vivier de repreneurs afin de préserver l’outil productif national.

Un mur démographique et économique qui menace le tissu industriel français

La France se trouve à la croisée des chemins pour la préservation de son tissu entrepreneurial et de son indépendance économique. Selon les projections établies par Bpifrance Le Lab, près de 370 000 très petites entreprises (TPE), petites et moyennes entreprises (PME) et entreprises de taille intermédiaire (ETI) devront changer de main d’ici à l’horizon 2030. Ce mouvement massif de transmission concerne directement près de trois millions d’emplois répartis sur l’ensemble du territoire national, au cœur de nos bassins industriels et artisanaux. Pourtant, les chiffres actuels témoignent d’une urgence critique : au rythme constaté ces dernières années, seulement 130 000 opérations de cession iront effectivement à leur terme sur la période. Ce fossé spectaculaire entre l’offre et la demande de repreneurs menace de détruire des pans entiers de notre outil productif. La disparition ou le rachat désordonné de ces entreprises d’ici 2030 ferait peser un risque direct sur la souveraineté économique du pays. Lorsque des entités viables ne trouvent pas d’acquéreurs pour poursuivre leur activité, ce sont des savoir-faire accumulés pendant des décennies, des brevets et des positions marchandes stratégiques qui risquent de s’évanouir ou de tomber sous coupe étrangère. Face à ce risque de dévissement industriel et commercial, la question de la revitalisation du vivier de reprise dépasse les querelles idéologiques pour devenir une priorité nationale.

Reprendre plutôt que créer : l’enjeu de la pérennité du capital productif

Historiquement, la politique d’encouragement à l’initiative privée en France s’est principalement focalisée sur la création pure d’entreprises. Si stimuler l’innovation et l’émergence de nouvelles pousses constitue un levier nécessaire, ce modèle fondé sur le départ de zéro comporte une fragilité structurelle et un taux d’échec élevé lors des premières années d’exercice. À l’inverse, la reprise d’une structure existante constitue un instrument puissant d’enracinement économique et de consolidation du capital national. S’appuyer sur un capital économique déjà constitué permet de préserver l’ancrage territorial et le savoir-faire des entreprises françaises. En reprenant une société rodée, le nouvel exploitant hérite immédiatement d’un fonds de commerce, d’une clientèle établie, d’équipes qualifiées et d’outils de production opérationnels. Pour les femmes chefs d’entreprise, encore largement minoritaires à la tête du tissu productif français, la reprise représente une opportunité concrète de se porter acquéreurs d’actifs réels sans essuyer les plâtres d’une création ex nihilo. Comme le rappellent Jessica Matoua David, fondatrice du think tank NEMOW, et Typhaine Lebègue, présidente de son conseil scientifique, entreprendre ne consiste pas uniquement à fonder une structure, mais également à assumer la gestion d’un patrimoine productif existant et à en assurer la pérennité stratégique.

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Financement et réseaux : les obstacles structurels à l’accès au capital

Malgré cet intérêt économique évident, le marché de la reprise demeure particulièrement difficile d’accès pour les candidates. D’après le baromètre 2025 publié conjointement par la Direction générale des Entreprises et Bpifrance, les femmes portent aujourd’hui 36 % des projets de reprise-transmission en France. Cependant, leur parcours se heurte à des verrous financiers et relationnels persistants. Parmi les personnes engagées dans ces démarches d’acquisition, 53 % des femmes déclarent éprouver d’importantes difficultés pour négocier et finaliser un financement bancaire ou obligataire, contre 34 % de leurs homologues masculins. Cette divergence souligne l’existence de biais tenaces dans l’attribution du crédit et l’évaluation des dossiers de reprise. La contrainte financière n’est d’ailleurs que la partie émergée de l’iceberg. L’accès aux opportunités de reprise reste trop souvent verrouillé par des réseaux informels d’intermédiaires et de décideurs. Les opérations de cession s’effectuent encore majoritairement de gré à gré, au sein de cercles fermés régis par la cooptation et une forme d’homophilie sociale qui tend à reproduire les mêmes profils de dirigeants à la tête des affaires. Les statistiques d’appareil indiquent ainsi que 22 % des repreneurs externes peinent tout simplement à identifier une cible disponible.

Du salariat à la propriété : franchir le plafond de capital pour muscler l’économie

Cette situation impose une révision en profondeur des mécanismes d’accompagnement de la transmission d’entreprises. Jusqu’à présent, les politiques visant à renforcer la présence féminine dans l’économie se sont concentrées sur la parité au sein des conseils d’administration ou l’accès aux postes de direction salariée. Or, diriger une entreprise pour le compte de tiers et posséder son propre capital constituent deux réalités juridiques et patrimoniales fondamentalement différentes. Élargir le vivier des repreneurs est une nécessité pragmatique pour éviter l’érosion du maillage des PME nationales. Pour franchir ce plafond de capital, les acteurs du financement public et privé, aux côtés des chambres de commerce et des organisations patronales, doivent agir sur l’ensemble de la chaîne de transmission. Cela implique d’accroître la transparence des dossiers à céder, de diversifier les réseaux d’intermédiaires d’affaires, de dispenser des formations spécialisées en ingénierie financière et d’assurer un suivi rigoureux des repreneurs durant les premières années de reprise. Face aux urgences démographiques des dirigeants fondateurs, la mobilisation de l’ensemble des compétences disponibles est la condition sine qua non de la préservation de notre indépendance économique.

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