- Le long-métrage « Fjord » du réalisateur roumain Cristian Mungiu, Palme d’or 2026, sort au cinéma ce mercredi 19 août.
- Porté par Sebastian Stan et Renate Reinsve, le film suit une famille évangélique confrontée aux services sociaux en Norvège.
- Inspiré de faits réels, ce drame interroge les dérives potentielles de la protection de l’enfance et le choc des cultures.
Un choc culturel au cœur des fjords norvégiens
Couronné par la Palme d’or lors du Festival de Cannes 2026, le septième long-métrage du cinéaste roumain Cristian Mungiu, intitulé Fjord, sort sur les écrans français ce mercredi 19 août. D’une durée de 2 h 26, ce drame s’inspire de faits réels pour dépeindre le quotidien des Gheorghiu, une famille évangélique conservatrice originaire de Roumanie. Installés dans un village enclavé aux côtés des parents de la mère, Mihai et Lisbet tentent de s’intégrer avec leurs cinq enfants. Le réalisateur roumain Cristian Mungiu livre une œuvre complexe sur l’intégration et l’incompréhension culturelle. Leur mode de vie austère et pieux contraste rapidement avec celui de leurs voisins, la famille Hallberg, incarnation du modèle progressiste nordique.
L’engrenage institutionnel et le système de protection infantile
L’équilibre bascule lorsqu’un enseignant aperçoit des hématomes sur l’épaule de la fille aînée, Elia. Face à une éducation fondée sur une discipline stricte et des règles religieuses affirmées, le corps professoral alerte les autorités. En Norvège, où tout châtiment corporel est interdit par la loi, le service de protection de l’enfance, le Barnevernet, intervient de manière radicale. L’organisme retire immédiatement l’intégralité des enfants à leurs parents, y compris le nourrisson, le temps d’instruire l’affaire. La séparation brutale de la fratrie met en lumière la rigidité des procédures administratives locales. Le récit pose alors une question centrale : cette mesure est-elle uniquement motivée par la sécurité des mineurs ou révèle-t-elle des préjugés envers une famille aux méthodes perçues comme marginales ?
Une mise en scène sobre portée par un duo d’acteurs habité
Fidèle à sa méthode, le metteur en scène privilégie les plans larges et une approche documentaire, s’interdisant de trancher. Les scènes clés restent délibérément hors champ, laissant planer le doute sur la réalité des violences reprochées aux parents, qui admettent seulement l’usage de fessées. Incarné par Sebastian Stan et Renate Reinsve, le couple d’acteurs retranscrit avec retenue la détresse de cette famille face à l’appareil d’État. Grâce à un style quasi documentaire, le long-métrage refuse le manichéisme et laisse le spectateur face à ses propres convictions. Sans délivrer de conclusion définitive, cette œuvre invite à une réflexion sur les limites de l’autorité parentale et les méthodes des institutions publiques.