- L’Alternative pour l’Allemagne (AfD) est créditée de 40 % à 43 % des intentions de vote en Saxe-Anhalt, devançant largement les conservateurs (22 % à 24 %).
- Une victoire permettrait à l’extrême droite d’ambitionner la présidence d’un Land pour la première fois depuis 1945, ce qui fragiliserait le chancelier Friedrich Merz.
- Faute de majorité absolue, la prise du pouvoir par Ulrich Siegmund reste conditionnée au maintien du cordon sanitaire par les autres formations.
Un scrutin régional à haute tension en Saxe-Anhalt

À quelques jours du vote, l’attention politique en Allemagne est braquée sur la Saxe-Anhalt, un Land de l’ex-RDA comptant 2,1 millions d’habitants. Selon les dernières enquêtes d’opinion, l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) y devance très nettement la formation conservatrice emmenée au niveau fédéral par le chancelier Friedrich Merz. Le parti d’extrême droite enregistre des intentions de vote comprises entre 40 % et 43 %, contre 22 % à 24 % pour les conservateurs. En cas de succès dimanche, l’AfD pourrait revendiquer la direction d’un gouvernement régional, ce qui constituerait une première depuis 1945. Ce rapport de force inédit accentue la pression sur l’ensemble du paysage politique allemand.
Une épreuve politique pour le chancelier Friedrich Merz
Ce scrutin revêt un enjeu national majeur pour le chef du gouvernement fédéral. Friedrich Merz s’était en effet engagé à réduire de moitié le poids électoral de l’AfD, une promesse mise à mal par la poussée de l’extrême droite dans l’Est du pays. Pour Oliver Lembcke, professeur à l’université de la Ruhr à Bochum, une défaite face à l’AfD s’apparenterait à un revers personnel pour le chancelier. Le politiste Wolfgang Schroeder, de l’université de Cassel, estime de son côté que les critiques internes chez les conservateurs vont redoubler d’intensité, même si une éviction du chancelier semble peu probable en l’absence de successeur crédible. Dans ce contexte, Friedrich Merz a mis en garde contre les retombées économiques d’un tel résultat, affirmant ne pas imaginer des investisseurs internationaux ouvrir des usines aux côtés d’un chef d’exécutif régional issu de l’AfD.
Deux visages et deux visions irréconciliables
La compétition électorale oppose deux personnalités aux profils très contrastés. La tête de liste de l’AfD, Ulrich Siegmund, trente-cinq ans, est un ancien chef d’entreprise dans le secteur des parfums d’ambiance et une figure très suivie sur les réseaux sociaux. Il promet un durcissement de la politique migratoire, la suppression de l’obligation scolaire, la révision complète du système éducatif et la dénonciation des traités encadrant l’audiovisuel public. Le candidat d’extrême droite s’appuie sur la nostalgie de l’époque de la RDA et le sentiment d’abandon exprimé par une partie des électeurs. Face à lui, le ministre-président conservateur sortant, Sven Schulze, quarante-sept ans, tente d’imposer un style plus sobre. Cet ingénieur de formation et ancien eurodéputé, au pouvoir dans la région depuis mars après avoir dirigé le ministère local de l’Économie, pâti toutefois de l’impopularité de l’exécutif fédéral.
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L’équation complexe de la formation d’une coalition
Malgré sa première place dans les sondages, l’AfD n’a pas la garantie de pouvoir gouverner. Le mode de scrutin proportionnel rend l’obtention d’une majorité absolue extrêmement rare en Allemagne, où seule la Sarre est actuellement dirigée par un parti unique, le SPD. L’accès de l’AfD au pouvoir dépendra en grande partie du score des petites formations lors du scrutin. Si des partis comme les Libéraux ou le BSW (gauche prorusse) ne franchissent pas le seuil critique de 5 % des voix nécessaire pour siéger, la barre de la majorité absolue pourrait baisser mécaniquement aux alentours de 46 %. Si ce niveau n’est pas atteint, Sven Schulze pourrait envisager de se maintenir grâce à un gouvernement minoritaire soutenu par la gauche radicale Die Linke, à l’image des dispositifs mis en place dans les Länder voisins de Saxe et de Thuringe.
Un climat social sous forte tension
À l’approche du jour du vote, la forte polarisation du débat suscite l’inquiétude de nombreux citoyens et des résidents étrangers installés dans la région. Plusieurs rassemblements de différents bords politiques sont prévus tout au long du week-end, entraînant la mobilisation de renforts policiers. Sur le terrain, la perspective du résultat alimente les craintes d’une accentuation des fractures sociales. Anke Prellwitz, une enseignante de cinquante ans exerçant dans un lycée de la région, redoute ainsi une dégradation du climat politique quel que soit le vainqueur. Dans un contexte de tensions exacerbées, les négociations en vue d’établir un gouvernement régional s’annoncent d’ores et déjà particulièrement ardues.