- La chanteuse Barbra Streisand fustige la gestion du Kennedy Center par Donald Trump, dénonçant un conflit d’ego.
- Le président américain souhaite voir son nom associé à l’institution culturelle de Washington après ses efforts de rénovation.
- Un bras de fer juridique et politique a conduit le conseil d’administration à voter la fermeture du centre le 15 septembre.
- L’artiste appelle à la mobilisation électorale lors des prochaines élections de mi-mandat (midterms).
Le conflit culturel s’envenime à Washington
La scène culturelle américaine est à nouveau le théâtre d’une confrontation acharnée entre l’establishment artistique de gauche et le pouvoir politique. Le jeudi 17 septembre, la célèbre chanteuse et actrice Barbra Streisand a publié un long réquisitoire sur son site internet personnel, s’en prenant directement à la gestion du Kennedy Center par Donald Trump. Cette querelle, que l’artiste qualifie de « douloureuse » et d’« exaspérante », illustre la fracture profonde qui sépare la présidence américaine du monde du spectacle à Washington. L’emblématique salle de spectacle de Washington est devenue le théâtre d’un affrontement idéologique majeur entre la Maison-Blanche et le milieu artistique. Le centre, nommé en hommage au président John F. Kennedy assassiné, représente pour les artistes progressistes un sanctuaire de la liberté de création, tandis que l’administration actuelle y voit une institution à réformer en profondeur.
L’offensive de Trump contre la programmation « woke »
Au cœur de cette discorde se trouve la reprise en main idéologique de l’institution par Donald Trump. Dès sa nomination de proches au conseil d’administration du centre, le président américain n’a pas caché son intention de réorienter la ligne artistique de l’établissement. L’objectif affiché était clair : purger la programmation de ses orientations qualifiées de « woke » pour redonner au centre une trajectoire plus conforme aux valeurs traditionnelles américaines. Cette tentative de reprise en main culturelle a immédiatement provoqué d’importantes tensions internes, débouchant sur une grève du personnel et le boycott massif des artistes programmés qui ont déserté les planches. La volonté présidentielle de purger l’institution des dérives progressistes a suscité une levée de boucliers syndicale et artistique. Ce bras de fer illustre la résistance farouche de l’élite culturelle face aux tentatives de transformation de la politique culturelle publique par le pouvoir souverainiste.
La bataille juridique du nom et de la façade
Outre la programmation, c’est la symbolique même du bâtiment qui cristallise les tensions depuis plusieurs mois. Donald Trump a cherché à apposer son nom sur la façade du Kennedy Center, à côté de celui de JFK, arguant de ses efforts financiers et de son engagement personnel dans la rénovation majeure de l’édifice. Toutefois, cette démarche s’est heurtée à une opposition institutionnelle et judiciaire rigide. Saisie par les opposants au projet, la justice fédérale a tranché en ordonnant le retrait de toute mention relative au président républicain sur les façades, le site internet et les marques déposées du centre culturel. Durant l’été, une nouvelle formule visant à saluer de manière visible l’apport de Trump à la restauration du bâtiment a également été bloquée par le juge. La justice fédérale a systématiquement rejeté les tentatives de co-marquer l’édifice au nom du quarante-cinquième président. Pour le camp républicain, ce refus systématique s’apparente à un déni des efforts réels consentis par l’exécutif pour la sauvegarde du patrimoine culturel national.
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Menace de fermeture et de démolition
Face à cette impasse juridique, la situation s’est dramatiquement envenimée au milieu du mois de septembre. Le conseil d’administration du Kennedy Center a voté, le 15 septembre, la fermeture immédiate de l’établissement. Dès le lendemain, Donald Trump a réagi avec virulence devant la presse, observant qu’il était le seul en mesure de résoudre les difficultés financières et structurelles du centre, tout en posant ses conditions d’intervention. « L’administration Trump devrait être reconnue pour cela, si cela n’est pas fait, il va fermer. Il va finir par être rasé », a-t-il averti de manière pragmatique. Une photographie récente prise à bord d’Air Force One montre d’ailleurs le président en train de consulter un document évoquant explicitement la démolition de l’édifice. Le sort du complexe culturel reste suspendu à une guerre ouverte où le président menace de laisser l’institution péricliter. Cette position offensive vise à contraindre l’establishment culturel à reconnaître le rôle de l’exécutif.
L’appel aux urnes de la gauche hollywoodienne
Pour Barbra Streisand, qui avait reçu en 2008 les prestigieux Kennedy Center Honors pour sa contribution artistique, cette situation s’avère intolérable. Elle accuse le président de sacrifier une institution démocratique majeure sur l’autel de son « ego démesuré ». La chanteuse souligne que sous la présidence de JFK, l’art était soutenu de manière désintéressée par le Congrès, contrairement aux méthodes de l’actuel locataire de la Maison-Blanche. Elle en profite pour transformer cette crise en argument de campagne électorale, appelant les citoyens américains à se rendre massivement aux urnes lors des élections de mi-mandat afin de préserver l’intégrité des institutions. Pour la gauche culturelle américaine, cette crise sert désormais de levier de mobilisation politique en vue des élections de mi-mandat. Cet affrontement démontre à quel point la culture est devenue, aux États-Unis, un champ de bataille politique hautement polarisé.