- Le 18e sommet des BRICS s’est achevé à New Delhi sur une tentative d’apaisement entre les deux géants asiatiques.
- Une poignée de main de 23 secondes entre Narendra Modi et Xi Jinping symbolise le début d’une décrispation frontalière.
- Le groupe élargi des BRICS+ représente désormais plus de 40 % du PIB mondial en parité de pouvoir d’achat.
- Malgré des signaux d’ouverture, Xi Jinping a quitté l’Inde en moins de 12 heures, évitant le dîner officiel.
Une poignée de main mesurée sous le regard du Sud global

Le 18e sommet annuel des BRICS s’est conclu le dimanche 13 septembre à New Delhi dans une atmosphère de prudence diplomatique marquée par la rencontre bilatérale entre le président chinois Xi Jinping et le Premier ministre indien Narendra Modi. Cette rencontre inédite marque une étape symbolique fondamentale dans les relations bilatérales des deux géants asiatiques. Devant les caméras du monde entier, les deux dirigeants se sont prêtés à une poignée de main de 23 secondes, un geste dépourvu de l’accolade chaleureuse que le chef du gouvernement indien réserve habituellement à ses hôtes d’État. Ce déplacement constituait le premier voyage officiel du président chinois sur le sol indien depuis l’escalade militaire de 2020. Le séjour express du dirigeant chinois, resté moins de douze heures dans la capitale indienne et absent du dîner officiel, témoigne toutefois de la persistance de tensions structurelles que la seule courtoisie diplomatique ne saurait effacer.
L’ombre des conflits frontaliers et l’exigence de souveraineté
Les relations entre Pékin et New Delhi demeurent alourdies par un lourd passif géopolitique et territorial. Le contentieux le plus aigu remonte aux affrontements meurtriers de 2020 dans une zone frontalière contestée de l’Himalaya, où 20 soldats indiens et 4 militaires chinois avaient perdu la vie. Pour la diplomatie indienne, le maintien de la paix aux frontières reste la condition sine qua non de toute normalisation. Ce conflit s’inscrivait lui-même dans le prolongement de la guerre frontalière de 1962, qui a durablement ancré la méfiance réciproque entre les deux nations. L’amorce du dégel diplomatique s’est concrétisée en octobre 2024 grâce à la signature d’un accord sur les modalités de patrouille le long de la ligne de contrôle effectif. Lors des échanges à New Delhi, Narendra Modi a réaffirmé que la paix et la tranquillité dans ces régions de haute altitude demeurent le socle indispensable à tout développement des relations bilatérales, insistant sur le principe de respect mutuel de la souveraineté nationale.
Pragmatisme économique contre rhétorique multilatérale
Derrière les déclarations apaisantes destinées à rassurer les marchés et les partenaires internationaux, les deux puissances ont mis en avant des priorités distinctes. Les deux chefs d’État ont convenu que leurs différends ne devaient pas s’envenimer au point de se transformer en affrontements ouverts, tout en soulignant la nécessité de sécuriser les chaînes d’approvisionnement et d’assainir le commerce bilatéral. Les divergences persistantes dans la communication officielle traduisent des objectifs nationaux irréconciliables à court terme. Du côté indien, la communication gouvernementale a insisté sur l’adoption indispensable d’une perspective stratégique à long terme. Cette formule explicite n’a cependant pas été reprise par les organes d’information d’État chinois, qui ont préféré relayer les discours habituels du maître de Pékin prônant un monde multipolaire équitable et une mondialisation économique inclusive. Ce décalage d’analyse illustre la posture de New Delhi, soucieuse de préserver ses intérêts nationaux face aux ambitions hégémoniques de son voisin.
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La montée en puissance des BRICS+ face à l’ordre occidental
Créé en 2009 par la Chine, la Russie, le Brésil et l’Inde, rejoints ensuite par l’Afrique du Sud, le bloc informel des BRICS visait à poser les jalons d’un rééquilibrage de la gouvernance mondiale. Le groupe a récemment franchi un cap stratégique majeur en s’élargissant à l’Iran, l’Indonésie, l’Égypte, l’Éthiopie et les Émirats arabes unis pour former les BRICS+. Avec plus de 40 % du PIB mondial en parité de pouvoir d’achat, le bloc élargi conteste directement l’hégémonie de l’Occident. Réunissant désormais près de la moitié de la population de la planète, cette alliance hétéroclite pèse plus lourd sur le plan économique consolidé que le G7. En se posant comme le porte-voix des nations émergentes, le rassemblement réclame une révision profonde des institutions internationales. Toutefois, les rivalités internes entre Pékin et New Delhi rappellent que le souverainisme et la défense prioritaire des intérêts nationaux demeurent les véritables boussoles de ces puissances continentales.