- Aux États-Unis, l’administration de Donald Trump a sabré de 4 milliards de dollars le budget du NIH et gelé les fonds de Harvard en 2025.
- Selon l’Association européenne des universités, la France se classe au 32e rang sur 35 pour l’autonomie académique de ses établissements.
- Le Rassemblement national souhaite recentrer les budgets de recherche vers les sciences dures et les secteurs souverains comme le nucléaire et l’intelligence artificielle.
Le précédent américain : une réorientation budgétaire et idéologique d’ampleur
Le retour de Donald Trump à la présidence des États-Unis, le 20 janvier 2025, a marqué le point de départ d’une profonde restructuration du paysage universitaire américain. En l’espace de quelques semaines, l’exécutif d’outre-Atlantique a opéré des coupes claires dans les budgets de la recherche fédérale, à commencer par une réduction de plus de 4 milliards de dollars par an pour le prestigieux National Institutes of Health (NIH). De grandes institutions comme l’université Harvard ont vu le gel de près de 2 milliards de dollars de financements, tandis que 9 milliards de dollars destinés à une dizaine d’autres établissements majeurs étaient bloqués. Parallèlement, l’administration américaine a restreint l’attribution de fonds publics aux programmes employant des concepts jugés idéologiques, prohibant des termes tels que « diversité », « équité » ou « changement climatique » dans les formulaires de subvention. L’administration américaine a choisi de conditionner les fonds publics à la suppression de concepts jugés progressistes dans les programmes de recherche. Cette réorientation a suscité une vive émotion outre-Atlantique, un sondage de la revue scientifique Nature révélant en mars 2025 que près des trois quarts des chercheurs américains envisageaient de quitter le pays. En réponse, la France a tenté d’attirer ces cerveaux via l’initiative « Choose France for science », dotée de 100 millions d’euros.
La centralisation française : un outil de pilotage étatique puissant
Face à ce séisme américain, de nombreux observateurs s’interrogent sur la perméabilité du système français à de telles orientations politiques. Contrairement aux idées reçues, l’indépendance de l’université française est loin d’être absolue. Une enquête de l’Association européenne des universités (EUA) place la France à la 32e position sur 35 pays étudiés en matière d’autonomie académique. Le pilotage de la recherche et de l’enseignement supérieur y est historiquement très centralisé et dépendant de l’État central. Les budgets de fonctionnement des universités proviennent majoritairement de dotations étatiques directes, les capacités d’accueil des étudiants de premier cycle restent soumises à la validation des recteurs d’académie, et les crédits de recherche distribués par l’Agence nationale de la recherche (ANR) dépendent étroitement du ministère de tutelle. La structure institutionnelle française offre déjà à l’exécutif tous les leviers nécessaires pour orienter directement la recherche publique. Contrairement au système décentralisé et privé américain, l’administration française dispose de verrous légaux et financiers qui réduisent considérablement la capacité de résistance du monde académique face à une volonté politique déterminée.
La vision souverainiste : recentrer la science sur l’intérêt national
Pour les partisans de la souveraineté nationale et le Rassemblement national, cette centralisation n’est pas un défaut, mais un instrument démocratique légitime. Lors des débats budgétaires à l’Assemblée nationale, les représentants de la droite nationale ont régulièrement réaffirmé leur volonté de subordonner les priorités de la recherche publique aux intérêts stratégiques du pays. Plutôt que de disperser les fonds publics dans des études sociologiques controversées, le projet souverainiste propose de concentrer l’effort financier sur les sciences fondamentales et appliquées. Les secteurs de pointe associés à la grandeur et à l’indépendance de la France · tels que l’énergie nucléaire, l’exploration spatiale, l’intelligence artificielle ou la recherche médicale de pointe · sont ainsi désignés comme prioritaires. Le projet de la droite nationale vise à recentrer l’effort scientifique français sur les grands enjeux industriels, technologiques et de sécurité. Pour ses promoteurs, il s’agit de redonner à la France les moyens de sa puissance technologique face à la concurrence internationale.
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La lutte contre le « wokisme » et l’entrisme idéologique dans les universités
Cette volonté de reprise en main s’accompagne d’une critique assumée de la politisation d’une partie des sciences humaines et sociales. À l’instar de l’offensive menée par les conservateurs américains, les députés du Rassemblement national dénoncent régulièrement la diffusion des théories dites « wokistes » au sein des facultés françaises. Les recherches axées sur le genre, les théories décoloniales ou certaines approches de la sociologie contemporaine sont perçues par la droite nationale comme des vecteurs de division militante financés par le contribuable. Si les opposants de gauche crient à la censure et à l’ingérence politique, les défenseurs d’une reprise en main estiment qu’il s’agit d’un assainissement nécessaire de l’espace académique. La remise en question de certaines subventions en sciences humaines est présentée par ses partisans comme un retour à la neutralité scientifique face au militantisme universitaire. Selon cette approche, l’université doit redevenir un lieu de transmission du savoir et de recherche scientifique objective, débarrassée des biais idéologiques militants.
Une transition sans rupture juridique majeure
L’analyse des institutions montre qu’un gouvernement souverainiste partageant ces objectifs n’aurait pas besoin de modifier la Constitution ni de légiférer de manière brutale pour appliquer son programme scientifique. Le fonctionnement ordinaire de l’administration républicaine suffirait à mettre en œuvre ces nouvelles priorités. En modifiant les lettres de cadrage de l’ANR, en réorientant les dotations globales de fonctionnement des universités ou en encadrant plus strictement l’attribution des chaires de recherche, le pouvoir exécutif peut légitimement appliquer la politique pour laquelle il a été élu. L’absence de contre-pouvoirs autonomes forts au sein des universités françaises rend le système particulièrement réactif aux décisions de l’État actionnaire. Ce modèle de centralisation administrative, longtemps défendu par les jacobins, pourrait ainsi devenir le meilleur allié d’une politique de redressement national de la recherche scientifique.