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dimanche 25 octobre 2026
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Belgique : l’excellence gastronomique menacée par une vague de fermetures sans précédent

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Belgique : l'excellence gastronomique menacée par une vague de fermetures sans précédent
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L’essentiel
  • Le secteur de la restauration déplore près de 1 000 faillites depuis le début de l’année 2026.
  • Des chefs étoilés comme Maxime Collard et Christophe Hardiquest annoncent l’arrêt de leurs activités.
  • L’indexation automatique des salaires et le coût des matières premières fragilisent le modèle économique des artisans de bouche.
  • La Fédération Horeca met en garde contre une hausse de la TVA qui provoquerait une véritable casse sociale.

Une hécatombe silencieuse au cœur du patrimoine belge

Belgique : l'excellence gastronomique menacée par une vague de fermetures sans précédent
Un plat gastronomique dans un restaurant belge · © Denys Gromov · Pexels

Le paysage gastronomique de nos voisins belges, traditionnellement réputé pour sa générosité et son excellence, traverse une zone de turbulences d’une intensité rare. Selon les données les plus récentes fournies par l’organisme Statbel, le secteur de l’hôtellerie et de la restauration (Horeca) a enregistré près de 1 000 faillites depuis l’entame de l’année 2026. Ce chiffre, déjà alarmant, ne constitue que la partie émergée de l’iceberg, car il occulte les nombreuses cessations d’activité volontaires de chefs qui préfèrent rendre leur tablier avant l’effondrement financier. Cette crise systémique frappe désormais de plein fouet les fleurons de la gastronomie, des établissements autrefois perçus comme des institutions intouchables du terroir national. Plusieurs tables étoilées ont ainsi été contraintes de baisser le rideau, à l’instar de « La table de Manon » à Durbuy, citant des situations exceptionnelles, ou encore du « Senzanome » à Bruxelles, qui brillait pourtant au firmament du guide rouge il y a encore peu de temps.

Le sacrifice de l’artisan face au rythme effréné

Au-delà des purs indicateurs comptables, c’est une crise des vocations et du mode de vie qui semble s’installer. Le cas de Maxime Collard, chef doublement étoilé de « La Table de Maxime » à Paliseul, illustre parfaitement ce tiraillement entre passion et survie personnelle. Après dix-huit années passées au service de l’excellence, le chef a annoncé la fermeture définitive de son établissement pour le printemps 2027. Ce choix n’est pas dicté par un échec culinaire, mais par une volonté farouche de préserver le sanctuaire familial et la santé physique des exploitants. Le métier de chef de cuisine, véritable sacerdoce, se heurte aujourd’hui à une exigence de rentabilité et de présence qui semble incompatible avec les aspirations simples à une vie de famille équilibrée. Collard souligne l’usure mentale provoquée par des responsabilités constantes, traduisant un malaise profond chez ceux qui portent l’identité culinaire du pays sur leurs épaules, souvent au prix de sacrifices personnels devenus insupportables.

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Le poids des charges et le carcan réglementaire

Pour d’autres figures de proue comme Christophe Hardiquest, qui a récemment cédé son restaurant « Menssa » à Bruxelles, le constat est plus frontalement économique. L’année 2026 a agi comme un révélateur des failles du système belge, notamment concernant l’indexation automatique des salaires. Ce mécanisme, bien que protecteur pour le pouvoir d’achat des employés, fait exploser mécaniquement les charges patronales dans un secteur où la main-d’œuvre est le premier poste de dépense. L’artisanat gastronomique ne peut plus absorber l’inflation galopante des produits de base et de l’énergie sans compromettre sa viabilité économique la plus élémentaire. Hardiquest pointe également du doigt une géopolitique mondiale qui pèse sur les assiettes : l’augmentation du prix des carburants maritimes rend le poisson noble presque inabordable pour une clientèle de plus en plus regardante sur les prix. Il dénonce par ailleurs un manque d’investissement politique flagrant pour promouvoir la capitale belge comme destination de prestige, déplorant que Bruxelles conserve une image de ville de province face au dynamisme de métropoles comme Copenhague.

La fin de l’âge d’or du déjeuner d’affaires

L’évolution des mœurs et des réglementations fiscales modifie également la structure même du chiffre d’affaires des restaurateurs. Tanguy De Turck, aux manettes du « Vieux Château » à Flobecq, observe avec amertume la disparition progressive de la clientèle d’affaires le midi. Autrefois, les frais de restauration étaient largement déductibles pour les entreprises, permettant aux cadres de fréquenter les grandes tables. Aujourd’hui, cette souplesse fiscale a disparu, et avec elle, une part substantielle de la rentabilité des établissements. Les modifications des règles de déductibilité des frais de représentation ont durablement amputé la fréquentation méridienne des restaurants de terroir. Parallèlement, le comportement des consommateurs change : la lassitude face aux menus à rallonge et la préférence pour des formats plus courts, mettant l’accent sur le produit brut plutôt que sur la mise en scène, obligent les chefs à une remise en question permanente de leur modèle économique.

Une menace fiscale qui fait planer l’ombre d’une casse sociale

L’inquiétude est désormais à son comble alors que des rumeurs d’une nouvelle augmentation de la TVA dans le secteur Horeca circulent avec insistance. La Fédération Horeca a déjà tiré la sonnette d’alarme, prédisant qu’une telle mesure déclencherait une vague de licenciements et un désinvestissement massif dans un secteur qui constitue pourtant l’un des piliers de l’art de vivre et de l’attractivité touristique de la Belgique. La préservation de la gastronomie ne relève pas seulement du plaisir des papilles, mais d’une véritable stratégie de défense du patrimoine immatériel et économique d’une nation souveraine. Si les pouvoirs publics ne prennent pas la mesure de la fragilité de ces PME et de ces artisans, c’est tout un pan de l’identité européenne, faite de savoir-faire et de transmission, qui risque de s’éteindre sous le poids d’une fiscalité punitive et d’un manque de vision stratégique.

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