La Revue Actualité · France & Monde
samedi 12 septembre 2026
Accueil France Baisse du niveau en mathématiques : l’école française confrontée au déclin de l’effort
France

Baisse du niveau en mathématiques : l’école française confrontée au déclin de l’effort

Partager
Baisse du niveau en mathématiques : l'école française confrontée au déclin de l'effort
Partager
L’essentiel
  • Les résultats de l’évaluation PISA 2025 confirment un recul historique de 35 points en mathématiques pour les élèves français depuis 2015.
  • Pour Jessica Brienne, présidente de l’APMEP, l’omniprésence des écrans et le « scrolling » ont provoqué une baisse généralisée des capacités d’attention.
  • La crise des vocations administratives et l’instabilité des réformes affaiblissent l’institution, pénalisant particulièrement les élèves les plus performants.

Un déclin éducatif national mesuré par l’enquête PISA

Baisse du niveau en mathématiques : l'école française confrontée au déclin de l'effort

Les résultats de l’évaluation PISA 2025 dressent un constat alarmant pour l’avenir de l’instruction publique en France. En l’espace de dix ans, les élèves français ont enregistré une perte de 35 points en mathématiques par rapport à l’année 2015. Bien que notre pays parvienne à se maintenir de justesse dans la moyenne des pays de l’OCDE, le déclin est désormais structurel et touche toutes les strates de la population, y compris les élèves issus des catégories sociales les plus favorisées. Au·delà du constat éducatif, cette baisse des compétences scientifiques fait peser une menace lourde sur l’avenir de notre souveraineté technologique et économique. La chute de 35 points en mathématiques depuis 2015 illustre l’affaissement continu de l’instruction publique en France. Selon les prévisions particulièrement sombres du Conseil d’analyse économique, ce renoncement scolaire global pourrait provoquer, à l’horizon 2050, un manque à gagner colossal pour le produit intérieur brut français, de l’ordre de 150 milliards d’euros.

La tyrannie de l’instantané et la perte du sens de l’effort

Sur le terrain, les praticiens observent quotidiennement les ravages de la modernité technologique sur les capacités cognitives de la jeunesse. Jessica Brienne, enseignante de mathématiques à Biarritz et présidente nationale de l’Association des professeurs de mathématiques de l’enseignement public (APMEP), dresse un réquisitoire sévère contre l’impact des écrans. Forte de vingt·trois années d’expérience devant les élèves, elle constate que les difficultés d’attention, autrefois limitées à quelques cas isolés, se sont désormais généralisées à l’ensemble des classes. Le culte de l’immédiateté, entretenu par l’usage intensif des smartphones, du « zapping » et du « scrolling », s’avère incompatible avec la rigueur inhérente à l’apprentissage des sciences fondamentales. Submergés d’informations continues et souffrant d’un manque chronique de sommeil, les jeunes générations peinent à inscrire leur réflexion dans le temps long. Le « zapping » permanent sur les écrans a détruit les facultés de concentration nécessaires à l’apprentissage des sciences exactes. L’enseignante résume cette dérive par une formule frappante : les élèves veulent aujourd’hui connaître la fin de l’histoire avant même d’avoir consenti à apprendre l’alphabet.

Une crise de la transmission accentuée par le naufrage du recrutement

Ce délitement intellectuel se double d’une crise institutionnelle sans précédent. L’école républicaine ne parvient plus à attirer les talents nécessaires à la transmission des savoirs. Les conditions de travail dégradées et la perte de prestige de la fonction enseignante découragent les candidats aux concours, tout en provoquant une vague inédite de démissions. Pour pallier cette pénurie de fonctionnaires, l’administration recourt massivement à des contractuels et à des remplaçants non qualifiés qui, malgré leur bonne volonté, manquent cruellement de formation didactique et pédagogique. En parallèle, les décisions démographiques de l’État aggravent la situation : au lieu de profiter de la baisse de la natalité pour alléger les effectifs des classes, le ministère a fait le choix de supprimer des divisions. L’effondrement de l’attractivité du métier d’enseignant laisse des classes entières face à des remplaçants non qualifiés. En classe de troisième, cette gestion comptable rend la gestion de l’hétérogénéité des niveaux presque impossible, d’autant que le manque d’accompagnement pour les élèves en situation de handicap accentue la surcharge de travail des professeurs.

À lire aussi Édouard Geffray propose des listes de lecture pour contrer le déclin du niveau scolaire

Des réformes hors-sol et une bureaucratie déconnectée

Face à cette crise de l’apprentissage, les réponses politiques successives se distinguent par leur inefficacité pratique. Le dispositif des « groupes de besoin » en mathématiques et en français, censé redresser le niveau au collège, se heurte sur le terrain à des réalités techniques insurmontables, notamment dans les lycées professionnels en classe de seconde où les contraintes d’emploi du temps vident la mesure de son sens pour la transformer en simples dédoublements fixes. De surcroît, Jessica Brienne met en lumière les failles méthodologiques de l’évaluation PISA elle-même, gérée de manière purement bureaucratique. En tant que référente numérique dans les Pyrénées-Atlantiques, elle a observé des situations absurdes : des établissements contraignant des élèves absents à revenir uniquement pour cliquer sur le bouton de validation du test informatique afin d’atteindre le quota de présence obligatoire. L’instabilité chronique des programmes scolaires empêche les enseignants de stabiliser leurs méthodes pédagogiques fondamentales. Ces évaluations sur ordinateur s’avèrent également inadaptées pour des élèves habitués au papier et peu agiles sur ce support, sans compter l’iniquité de traitement entre les élèves soumis à des tests de 45 minutes et ceux contraints de composer durant une heure et demie.

Restaurer l’exigence et le mérite pour redresser le niveau

Pour enrayer cette spirale de déclin, les professionnels réclament un retour à la stabilité et à la valorisation de l’excellence académique. L’obligation permanente pour les enseignants de s’adapter à des réformes de programmes incessantes dissipe une énergie précieuse qui devrait être consacrée à la transmission. La présidente de l’APMEP préconise notamment la création d’une option de mathématiques approfondies dès la classe de collège, offrant une heure supplémentaire non pas sous forme de soutien passif, mais d’approfondissement actif. Cette mesure permettrait de redonner de l’élan aux meilleurs élèves, qui constituent précisément la catégorie ayant le plus lourdement régressé lors des dernières évaluations. La baisse historique du niveau des meilleurs élèves impose de réintroduire des parcours d’approfondissement et d’excellence dès le collège. Seul le retour d’une culture de l’effort personnel, du mérite et de la rigueur intellectuelle permettra de redonner à la France les scientifiques et les ingénieurs dont son économie a impérieusement besoin.

Partager
Écrit par
Julien Marchand

Écrit sur la France : territoires, services publics, environnement et vie quotidienne des Français.

La Revue est le média numéro 1 de l'actualité en France et dans le monde : politique, économie, société, international, sciences et techniques, sport, culture et art de vivre. Un fil d'information tenu tout au long de la journée, et des articles qui replacent chaque fait dans son contexte, avec une exigence : dire ce qui s'est passé, et rien d'autre. Retrouvez toute l'actualité sur le web et dans notre application.

CONTACTEZ LE GROUPE LA REVUE

Pour nous contacter, vous pouvez nous envoyer un mail directement à cette adresse : larevuegroupe@gmail.com.

Copyright 2026-2027 LA REVUE. Tous droits réservés.