- En vue de l’échéance de 2027, Fabien Roussel et Jean-Luc Mélenchon s’affrontent indirectement lors de la Fête de l’Humanité pour capter l’électorat populaire.
- Le secrétaire national du PCF affiche une ligne de rupture économique radicale, tandis que La France insoumise cherche à imposer son hégémonie sur la gauche.
- Les tensions de la présidentielle 2022 restent vives, les insoumis reprochant toujours aux communistes d’avoir favorisé l’accès de Marine Le Pen au second tour.
- En marge de cette surenchère, l’ancien président François Hollande entame sa propre rentrée politique lors de la Fête de la Rose.
Une fête politique aux allures de ring de boxe pour la gauche radicale

Le grand rendez-vous annuel de la gauche de rupture s’ouvre sous le signe d’une rivalité feutrée mais féroce. Ce samedi, à l’occasion de la Fête de l’Humanité, le chef de file de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, et le secrétaire national du Parti communiste français, Fabien Roussel, prennent tour à tour la parole. Cet événement politique majeur, historiquement lié au PCF, sert désormais de banc d’essai pour les ambitions élyséennes de 2027. La Fête de l’Humanité se transforme ce samedi en un véritable terrain d’affrontement pour la présidentielle de 2027. Alors que Fabien Roussel a officialisé son entrée en campagne le week-end dernier, cette journée marque son premier grand meeting à 18 heures, précédé de deux heures par une intervention de Jean-Luc Mélenchon axée sur le conflit historique entre le capital et le travail.
La stratégie du « gros rouge qui tache » face à l’hégémonie insoumise
Pour se démarquer de la tutelle insoumise, la direction communiste a choisi d’accentuer sa radicalité sur le plan économique et social. Le programme présenté par Fabien Roussel se veut résolument offensif : vagues de nationalisations, appels à la mobilisation populaire permanente et menace de traduire le patron de TotalEnergies, Patrick Pouyanné, devant les tribunaux. Son porte-parole, Léon Deffontaines, assume cette surenchère avec une formule imagée : « On va faire du gros rouge qui tache ». Selon lui, sur les enjeux sociaux et économiques, la ligne du PCF se veut « plus à gauche et radicale que Jean-Luc Mélenchon ». Le Parti communiste français tente d’exister par une surenchère de propositions radicales destinées à concurrencer La France insoumise. Cette stratégie vise à reconquérir un électorat populaire sensible aux thématiques du pouvoir d’achat, tout en se démarquant du discours sociétal des insoumis.
Les cicatrices toujours ouvertes de l’élection présidentielle de 2022
En coulisses, la rancœur accumulée lors du précédent scrutin présidentiel dicte encore les relations entre les deux mouvements. En 2022, Jean-Luc Mélenchon avait réuni 21,95 % des suffrages exprimés au premier tour, échouant aux portes du second tour derrière la candidate du Rassemblement national, Marine Le Pen, qui l’avait devancé de seulement 420 000 voix. De leur côté, les communistes n’avaient recueilli que 2,28 % des suffrages sous la bannière de Fabien Roussel. Depuis, les troupes insoumises accusent ouvertement cette candidature autonome d’avoir privé la gauche radicale d’un second tour face à Emmanuel Macron. Les proches de Jean-Luc Mélenchon imputent toujours à la candidature dissidente du PCF leur élimination au premier tour en 2022 face à Marine Le Pen. Ce ressentiment est d’autant plus fort que le PCF avait soutenu l’insoumis lors des campagnes de 2012 et de 2017, avant que Fabien Roussel n’impose une stratégie d’indépendance pour préserver l’existence même de son parti.
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Une guerre d’usure pour le contrôle de l’électorat populaire
La bataille pour l’hégémonie se joue également à travers des déclarations acerbes par médias interposés. Le coordinateur national de La France insoumise, Manuel Bompard, minimise publiquement la dynamique communiste en affirmant ne ressentir « aucun enthousiasme autour de la candidature de Fabien Roussel ». En privé, Jean-Luc Mélenchon se montre encore plus tranchant, estimant que le cas de son rival « va se régler rapidement » car sa ligne politique « invisibilise le Parti communiste ». Les insoumis espèrent provoquer des défections au sein des élus du PCF pour accélérer ce processus d’assimilation. Pour saper l’ambition de Fabien Roussel, les stratèges insoumis misent sur le ralliement progressif des cadres et des électeurs communistes. Pourtant, si certains élus comme Stéphane Peu évoquent à terme une nécessaire union, le directeur de campagne de Fabien Roussel, Ian Brossat, réaffirme la détermination de son candidat à aller « au bout » de sa démarche.
Pendant ce temps, l’alternative socialiste cherche son centre
Loin de la radicalité affichée à la Fête de l’Humanité, une autre sensibilité de gauche tente de redessiner les équilibres politiques. François Hollande, l’ancien président de la République, a choisi ce même week-end pour effectuer sa rentrée politique lors de la traditionnelle Fête de la Rose à Frangy-en-Bresse, en Saône-et-Loire. Sans se déclarer officiellement candidat pour 2027, l’ancien chef de l’État multiplie les interventions pour promouvoir un projet alternatif au socialisme radicalisé par l’alliance de la Nupes. En marge de la surenchère gauchiste, l’ancien président François Hollande trace son propre chemin pour séduire les déçus de la gauche modérée et du macronisme. À travers la présentation de ses propositions économiques et institutionnelles, il tente de réhabiliter une ligne social-démocrate capable de rassembler au-delà des frontières traditionnelles de la gauche, contrastant singulièrement avec le duel de popularité qui agite la banlieue parisienne.