- Un nouveau rapport de l’agence ONU Femmes révèle que 86 290 foyers de la bande de Gaza sont désormais dirigés par des femmes, soit un ménage sur quatre.
- Cette proportion a doublé depuis le début du conflit, sous l’effet de la mort, de la disparition, de la détention ou des blessures graves des conjoints.
- Malgré l’accord de cessez-le-feu conclu en octobre 2025, la violence se poursuit avec une moyenne de six femmes et filles tuées chaque semaine.
Une explosion du nombre de ménages gérés par des femmes

La structure familiale traditionnelle dans la bande de Gaza subit de profonds bouleversements en raison de la guerre. Selon les dernières données publiées par l’agence internationale ONU Femmes, près de 86 290 foyers de l’enclave palestinienne sont désormais placés sous la responsabilité exclusive d’une femme. Ce chiffre représente un quart de l’ensemble des ménages gazaouis, soit une proportion deux fois plus élevée qu’avant le déclenchement des hostilités. Cette transition forcée s’explique par l’absence des conjoints, qu’ils soient décédés, portés disparus, emprisonnés ou gravement blessés. Cette prise de responsabilité inédite contraint des dizaines de milliers de mères et d’épouses à assurer seules la survie économique et matérielle de leurs proches dans des conditions extrêmes. Face à l’absence de réseaux de soutien masculin traditionnels, ces femmes se retrouvent en première ligne pour négocier l’accès aux aides internationales, trouver des abris de fortune et protéger leur progéniture dans un territoire en grande partie dévasté par les opérations militaires.
Un cessez-le-feu fragile et une précarité exacerbée
Le contexte sécuritaire demeure particulièrement instable en dépit de l’accord de cessez-le-feu conclu en octobre 2025. Depuis cette trêve, les pertes civiles n’ont pas cessé, avec plus de 1 300 Palestiniens tués dans diverses frappes, dont 246 femmes et jeunes filles, ce qui équivaut à un rythme de six victimes féminines par semaine. Cette insécurité chronique aggrave une situation sociale déjà désastreuse pour ces nouveaux chefs de famille. Historiquement confrontées à des inégalités d’accès à la propriété, aux documents officiels et au marché du travail, les femmes doivent désormais surmonter des obstacles matériels disproportionnés. Les données statistiques révèlent que près de 70 % des ménages dirigés par des femmes manquent d’un logement décent, contre environ 50 % pour ceux ayant un homme à leur tête. De plus, ces familles ont subi en moyenne huit déplacements forcés depuis le début de la crise, témoignant de l’extrême instabilité de leur quotidien.
Des besoins financiers immédiats et une sécurité menacée
Sur le plan opérationnel, la survie de ces foyers repose presque entièrement sur l’assistance extérieure et d’importants sacrifices quotidiens. Environ deux tiers de ces cheffes de famille déclarent avoir un besoin critique et immédiat d’aides financières pour nourrir leurs enfants, tandis que l’accès à l’eau potable et aux produits d’hygiène de base reste sévèrement rationné. Au-delà de l’urgence matérielle, la vulnérabilité physique de ces femmes isolées s’est fortement accrue dans les zones de déplacement. Près d’une femme chef de famille sur cinq exprime aujourd’hui des craintes directes pour sa sécurité personnelle, un taux de détresse bien supérieur à celui observé dans les foyers traditionnels. Pour répondre à cette réalité, les organisations humanitaires locales et internationales tentent de réorienter les circuits d’assistance afin d’intégrer spécifiquement ces ménages vulnérables dans les futurs plans de reconstruction de l’enclave. Sans une aide ciblée et une stabilisation durable de la région, ces familles risquent de sombrer dans une pauvreté irréversible.