- L’ancienne garde des Sceaux Rachida Dati affronte une phase décisive de son procès à Paris pour « corruption passive » et « trafic d’influence passif ».
- Le tribunal examine la réalité des prestations de conseil juridique facturées 900 000 euros à une filiale de l’alliance Renault-Nissan entre 2010 et 2012.
- La défense de l’ex-députée européenne tente de faire face aux questions précises des juges sur ses liens passés avec l’empire industriel de Carlos Ghosn.
Le tournant d’un procès hors norme
Le procès de Rachida Dati, qui s’est ouvert à Paris à la mi-septembre 2026, aborde désormais sa phase la plus technique et la plus redoutable pour la défense de la maire du VIIe arrondissement. Après les premières escarmouches procédurales particulièrement vives du jeudi 17 septembre, l’ancienne ministre de la Justice doit désormais affronter le feu roulant des questions des magistrats et des parties civiles représentant diverses organisations de lutte contre la délinquance financière. À la barre du tribunal, l’image habituelle de la femme politique offensive, rompue aux joutes télévisées et prompte à pilonner ses adversaires, a laissé place à une attitude nettement plus réservée, contrastant avec la virulence des débats qui l’entourent. Ce changement de posture illustre la gravité des accusations de corruption passive et de trafic d’influence qui pèsent sur l’ancienne garde des Sceaux de Nicolas Sarkozy. Face à la présidente du tribunal, Claire Saas, l’élue parisienne a dû à plusieurs reprises être invitée à parler plus distinctement, à ralentir son débit et à se rapprocher du micro, signe d’une tension manifeste alors que s’ouvre une semaine d’audiences capitales pour son avenir professionnel et politique.
L’ombre de Carlos Ghosn et les millions de RNBV
Au cœur de ce dossier financier complexe se trouve la relation contractuelle établie entre Rachida Dati et la filiale néerlandaise de l’alliance automobile franco-japonaise, Renault-Nissan BV (RNBV). Cette structure de droit privé, alors sous la direction omnipotente de Carlos Ghosn, a versé la somme globale de 900 000 euros d’honoraires à l’ancienne ministre entre 2010 et 2012, période durant laquelle elle exerçait également son mandat au Parlement européen. Les magistrats instructeurs, qui ont signé l’ordonnance de renvoi en 2025, soupçonnent que cette rémunération particulièrement généreuse n’était pas la contrepartie d’un travail juridique réel, mais plutôt le prix d’un travail de lobbying occulte. La justice cherche à déterminer si ces fonds importants ont servi à rémunérer l’influence de l’élue pour faciliter les affaires du constructeur automobile auprès des institutions de l’Union européenne. La défense, de son côté, soutient avec force que chaque virement correspond à des prestations de conseil juridique d’avocate d’affaires dûment fournies, réfutant catégoriquement toute accusation de complaisance ou de détournement de sa fonction publique nationale et européenne.
Députée européenne et avocate : un mélange des genres en question
Cette affaire pose la question fondamentale et récurrente des frontières éthiques entre les activités de conseil privé et l’exercice d’un mandat de représentation démocratique. Pour notre sensibilité souverainiste et conservatrice, la clarté, l’indépendance et la probité des élus nationaux face aux intérêts des grands groupes industriels mondialisés constituent des exigences non négociables de la souveraineté de l’État. L’accusation reproche précisément à Rachida Dati d’avoir profité de sa position d’eurodéputée pour ouvrir des portes institutionnelles et tenter d’orienter des décisions réglementaires en faveur de l’entité franco-japonaise. L’enjeu majeur des prochains jours sera ainsi d’analyser précisément l’agenda de l’élue, les rapports éventuellement rédigés et les preuves concrètes de l’activité de conseil juridique que revendique la prévenue. Les juges du siège vont s’attacher à disséquer le calendrier des interventions de l’ancienne ministre pour vérifier la concordance temporelle entre ses actions politiques et les intérêts industriels directs de Renault-Nissan.
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Une bataille procédurale et politique féroce
L’ambiance électrique et parfois agressive qui règne dans la salle d’audience témoigne de la portée politique inévitable de ce procès, où s’affrontent des visions opposées de l’éthique publique et du rôle des corps intermédiaires. Les avocats de la défense n’ont pas ménagé leurs critiques pour contester de manière vigoureuse la légitimité des associations de lutte contre la corruption qui se sont portées parties civiles, dénonçant ce qu’ils qualifient de harcèlement et d’intimidation. La pugnacité des magistrats et des avocats de la partie civile attendue tout au long de cette semaine promet des confrontations intenses, où les approximations passées de la défense seront disséquées. Alors que le tribunal correctionnel s’efforce de maintenir les débats sur le strict terrain de la preuve matérielle, les répercussions de ce procès sur la droite conservatrice et républicaine restent majeures. La rigueur des débats judiciaires qui s’annoncent devra permettre de distinguer la vérité objective des faits des postures purement idéologiques qui obscurcissent trop souvent l’examen des affaires publiques de cette envergure.