- Les rebelles yéménites Houthis se sont emparés de la totalité du littoral de la mer Rouge, verrouillant le détroit stratégique de Bab el-Mandeb.
- Issu de la minorité religieuse zaïdite, le mouvement Ansar Allah s’est métamorphosé en une force militaire de dizaines de milliers de combattants hautement entraînés.
- Soutenus par l’Iran au sein de l’« axe de la résistance », ils perturbent gravement le commerce maritime mondial et font peser une menace directe sur l’Arabie saoudite et Israël.
Le verrou de Bab el-Mandeb aux mains d’une milice armée

La donne géopolitique en mer Rouge vient de connaître un basculement majeur. À l’issue d’une offensive éclair, les rebelles houthis du Yémen ont pris le contrôle de l’intégralité du littoral de la mer Rouge ainsi que des îles clés du détroit de Bab el-Mandeb. Ce passage maritime, par lequel transite une part colossale du commerce international, se retrouve désormais sous la coupe directe d’un acteur non étatique. Le contrôle de ce goulet d’étranglement maritime par une milice armée fait peser une menace existentielle sur la souveraineté des échanges mondiaux et la sécurité des approvisionnements énergétiques de l’Occident. Autrefois confinés à une rébellion locale et isolée dans les montagnes du nord-ouest yéménite, les Houthis s’imposent désormais comme les maîtres du jeu sur l’une des routes de navigation les plus stratégiques du globe.
La genèse d’Ansar Allah : de la dissidence religieuse à la conquête du pouvoir
Pour comprendre cette ascension, il faut remonter aux racines religieuses et politiques du mouvement. Les Houthis appartiennent au zaïdisme, une branche du chiisme qui s’avère minoritaire à l’échelle du Yémen, mais largement majoritaire dans la province pauvre de Saada, leur berceau historique. C’est dans les années 1990 que naît le mouvement Ansar Allah (« Partisans de Dieu »), fondé pour dénoncer les discriminations subies par la communauté zaïdite. Portant le nom de leur chef spirituel Badreddine al-Houthi et de son fils Hussein, tué par l’armée yéménite en 2004, le groupe a su capitaliser sur le ressentiment local. Repris en main par un autre fils, Abdel Malek al-Houthi, le mouvement s’est structuré. En éliminant l’ancien président Ali Abdallah Saleh en 2017 après s’être temporairement alliés à lui, les Houthis ont démontré un pragmatisme redoutable et une volonté implacable de s’emparer de l’État. Depuis leur prise de la capitale Sanaa en 2014, ils règnent sur les territoires où se concentre la grande majorité de la population yéménite.
Une puissance militaire asymétrique redoutable
Loin d’être de simples insurgés désorganisés, les Houthis alignent aujourd’hui des dizaines de milliers de combattants aguerris aux conditions extrêmes du relief yéménite. Leur arsenal, considérablement enrichi, ne se limite plus aux armes légères d’infanterie. Grâce à l’appui technologique et matériel de l’Iran, la milice dispose désormais de missiles balistiques et de drones d’attaque à longue portée. Cette armée asymétrique est désormais capable de frapper directement les infrastructures pétrolières des monarchies du Golfe ainsi que le territoire israélien. Les vagues d’attaques de drones menées contre l’État hébreu illustrent la capacité de projection de ce mouvement, qui parvient à tenir tête à des coalitions régionales pourtant dotées d’équipements occidentaux modernes. Alors que le gouvernement yéménite officiel ne contrôle plus que des zones vastes mais largement désertiques, les Houthis disposent d’un quasi-monopole de la force dans le cœur utile du pays.
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L’ombre de Téhéran et la déstabilisation des routes maritimes
Sur le plan international, l’intégration des Houthis au sein de l’« axe de la résistance » théorisé par l’Iran modifie profondément l’équilibre des forces au Moyen-Orient. Bien qu’ils conservent une certaine autonomie doctrinale vis-à-vis du guide suprême iranien, leur alignement stratégique sur Téhéran est indéniable. En 2024, sous couvert de solidarité avec les Palestiniens de Gaza, ils ont imposé un véritable blocus en mer Rouge, ciblant les navires liés à Israël et contraignant les géants du transport maritime à contourner l’Afrique par le cap de Bonne-Espérance. Cette capacité de nuisance asphyxie les ports de la région et renchérit le coût du fret pour les économies européennes, illustrant la vulnérabilité de nos lignes de communication. La reprise des hostilités en juillet, provoquée par l’atterrissage non autorisé d’une délégation houthie en provenance d’Iran à Sanaa, montre que le Yémen demeure le théâtre d’une guerre par procuration où la souveraineté nationale a été sacrifiée sur l’autel de l’expansionnisme chiite.