- Le procès de Rachida Dati s’est ouvert à Paris concernant des contrats signés avec la filiale néerlandaise de Renault-Nissan (RNBV).
- L’ancienne ministre conteste fermement les accusations de lobbying et affirme avoir exercé une réelle activité d’avocate pour 900 000 euros d’honoraires.
- L’ex-patron du groupe automobile, Carlos Ghosn, est le grand absent de ce procès, étant actuellement réfugié au Liban.
- La maire du VIIe arrondissement de Paris risque une peine de cinq ans d’inéligibilité, menaçant son avenir politique local.
L’ouverture d’un procès aux lourds enjeux institutionnels

Le tribunal correctionnel de Paris s’est penché sur un dossier politico-financier qui secoue les cercles de pouvoir français depuis plusieurs années. Rachida Dati, figure incontournable de la droite républicaine et ancienne garde des Sceaux sous la présidence de Nicolas Sarkozy, a comparu devant la justice pour répondre d’accusations de corruption et de trafic d’influence. Le tribunal correctionnel de Paris examine à cette occasion les flux financiers complexes ayant lié l’ex-ministre à la holding néerlandaise Renault-Nissan BV. Ce procès, ouvert à la mi-septembre 2026, met en lumière la porosité parfois dénoncée entre les mandats électifs européens et les activités de conseil pour de grands groupes industriels. L’accusée est arrivée à l’audience dans une attitude d’extrême concentration, vêtue de manière sobre et professionnelle, le regard résolument tourné vers le tribunal, ignorant les bancs des parties civiles représentant le constructeur automobile et diverses associations de lutte contre la corruption.
La ligne de défense offensive de l’ancienne garde des Sceaux
Face aux juges, Rachida Dati, aujourd’hui âgée de 60 ans, a choisi une posture de combat, réfutant catégoriquement toute dérive déontologique. L’ancienne députée européenne a insisté sur le fait que ses relations avec le constructeur automobile relevaient d’un cadre strictement professionnel et légal, récusant toute forme de complaisance. À la barre, l’ancienne ministre de la Justice a martelé qu’elle avait signé un contrat d’avocat en bonne et due forme et exercé son activité de conseil en toute légalité. Elle a détaillé la genèse de cette collaboration : après la naissance de sa fille en 2009, elle avait émis le souhait auprès de l’Élysée de s’éloigner de la vie politique nationale afin de sécuriser des revenus indépendants dans le secteur privé. Elle explique avoir finalement accepté de mener campagne pour le Parlement européen tout en préservant ce projet professionnel d’avocate, dont elle avait personnellement informé le président de Renault-Nissan de l’époque.
La thèse d’un lobbying déguisé défendue par l’accusation
La vision du Parquet national financier (PNF) est radicalement opposée à cette présentation des faits, dénonçant un mélange des genres inacceptable pour un élu de la Nation siégeant à Strasbourg. Les magistrats instructeurs soupçonnent que la convention d’honoraires, signée en octobre 2009 et prévoyant une rémunération annuelle forfaitaire de 300 000 euros hors taxes, ait servi d’écran pour rémunérer des interventions d’influence au sein du Parlement européen, ce que proscrivait son mandat d’élue. Entre 2010 et 2012, l’élue a ainsi perçu un montant total de 900 000 euros d’honoraires. Le Parquet national financier estime que les preuves d’une réelle activité d’avocate sont trop parcellaires et s’apparentent à du lobbying parlementaire. L’accusation s’appuie notamment sur des questions écrites et des prises de position de l’élue favorables au secteur automobile. De son côté, la prévenue balaie ces accusations en affirmant que ses interventions relevaient d’une simple veille juridique et que l’essentiel de sa mission se concentrait sur des marchés extra-européens comme le Maroc ou l’Algérie, rappelant avec pragmatisme qu’elle n’était que peu présente dans l’hémicycle européen.
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L’ombre de Carlos Ghosn et l’exil libanais
Ce procès se déroule dans une configuration asymétrique, marquée par l’absence d’un acteur clé du dossier. Carlos Ghosn, ancien patron tout-puissant de l’alliance Renault-Nissan et co-signataire des contrats litigieux, ne s’est pas présenté devant le tribunal de Paris. Grand absent des débats, Carlos Ghosn demeure hors de portée de la justice française en raison de son exil au Liban, pays qui n’extrade pas ses ressortissants. Cette situation laisse Rachida Dati seule sur le banc des prévenus pour défendre la validité de leurs accords passés. Devant les juges, l’ancienne ministre s’est attachée à démontrer la rigueur et la distance de ses relations professionnelles avec l’ancien magnat de l’automobile déchu. Elle a affirmé n’avoir jamais eu d’entretien en tête-à-tête avec lui, soulignant que chacune de leurs réunions se déroulait systématiquement en présence de collaborateurs tiers, garantissant ainsi, selon elle, la transparence de leurs échanges.
Un avenir politique parisien suspendu à la décision des juges
Au-delà des questions strictement juridiques, ce procès comporte une dimension politique locale majeure pour la droite conservatrice parisienne. Bien que son poids sur la scène gouvernementale ait évolué, Rachida Dati conserve un rôle stratégique essentiel en tant que maire du VIIe arrondissement de la capitale, un bastion électoral clé de la droite. Une éventuelle condamnation assortie d’une peine d’inéligibilité, qui pourrait atteindre une durée de cinq ans, porterait un coup d’arrêt majeur à son mandat municipal. Pour les électeurs attachés à la stabilité institutionnelle et à la défense des valeurs de rigueur, l’issue de cette confrontation judiciaire est capitale. Face aux associations de lutte contre la corruption et aux conseils de la direction de Renault constitués parties civiles, l’ancienne ministre ne joue pas seulement sa réputation professionnelle d’avocate, mais également sa survie politique au cœur de la capitale française.